Inauguration de la stèle à Rac et ses bataillons - Périgueux le 21 octobre 2017

Rédigé par Alan dans la rubrique ‌Brigade RacÉvènement



Inauguration de la stèle "RAC et ses bataillons"
au Rond Point de Beauronne, Chemin de Saltgourde,
en souvenir de l'action des maquis Dordogne Nord lors de la libération de Périgueux.

Samedi 21 octobre 2017 à 10h


La Mission Alexander - l'équipe Jedburgh

Rédigé par Alan dans la rubrique Brigade RacLes Alliés

Fin juillet 1944 la Mission Alexander « tombait du ciel » quelque part dans le Limousin.
Après quelques pérégrinations, elle réussit à rejoindre le P.C. de la Brigade Rac. Le capitaine Tom (Jean Nicard) fut chargé d’assurer sa sécurité, son hébergement tout en lui facilitant sa mission. Il l’installa au château de Razac (à proximité de Thiviers), propriété du capitaine de Vigneral (commandant d’une des batteries du groupe d’artillerie de la Brigade Rac).

En 2003 Alain de la Tousche, fils de René de la Tousche de l'équipe Alexander a traduit en français le rapport après-mission d'Alexander pour un livret.

Tous mes remerciements à Alain de la Tousche pour avoir eu la gentillesse de partager le livret avec nous.

Opératon Snelgrove 3
Les Opératons de l’équipe Alexander
De Juillet à Décembre 1944


L’équipe Alexander

L’équipe Jedburgh Alexander a été la 29e a être envoyée en France du Royaume Uni.

Membres de l’équipe :
Les membres de l’équipe Alexander sont:
Le 1st Lieutenant Stewart J. Alsop (américain), nom de code Rona,
Le Lieutenant Richard Thouville (René de la Tousche) (français), nom de code Leix, 
Le 1st Sergent Norman R. Franklin "Dick" (américain), nom de code Cork.

Zone où ils ont été envoyés :
L’équipe a été envoyée dans la nuit du 12 au 13 août dans la Creuse en France. 

Situation de la résistance dans ce secteur :
Le délégué militaire de la région est Ellipse. Une mission inter-alliée nommée Bergamote (Mission composée de : Commandant Rewez, Major John Blomfeld (anglais), major Jack T. Shannon (américain) s’y trouve et son quartier général est au sud-est de Bourganeuf.

Sa mission:
Contacter, organiser et armer les groupes de résistants dans ce département. Le nombre de personnes pouvant être armées est esitimé à 25.000.
En juillet, l’ennemi a attaqué à l’aube le quartier général de la mission Bergamote avec de fortes forces appuyées par l’artillerie et les tanks. La mission a perdu tout son équipement, mais en a réchappé et pris un nouveau quartier général plus au sud. La dernière information reçue fait état de 12 groupes de 100 hommes chacun, armés et contrôlés par la mission Bergamote. Le restant est en phase de réorganisation.
A la suite de cette attaque, Ellipse et son assistant Croc viennent dans la Creuse. L’équipe Alexander est envoyée pour servir de liaison entre les membres des FFI et leur fournir une liaison radio avec Londres. Elle devait, également, aider au renforcement de la résistance et l'assister dans l’organisation et l’équipement.
En particulier, harceler les mouvements ennemis sur rails comme sur routes des axes Périgueux-Limoges-Châteauroux et Toulouse-Limoges-Châteauroux. 

Méthode de largage et du comité de réception :
L’équipe a été larguée avec un groupe de SAS et le comité de réception a été organisé par Croc. 

Transmissions : 
L’équipe possède un émmeteur-récepteur et a pour instruction de se mettre en rapport aussi vite que possible à son arrivée avec la « maison mère », si jamais son équipement ne peut fonctionner, elle peut utiliser celui de la mission Bergamote. 

Finances :
Chaque officier Jed a 100 000 francs français et 50 dollars américains, l’opérateur radio a 50 000 francs français et 50 dollars américains.

Relatons avec les autres unités alliées :
L’équipe est sous le commandement de la mission Bergamote.

Les forces alliées, si débarquement :
L’équipe a pour instruction de contacter l’officier de renseignement le plus proche et lui demander de les envoyer à l’état-major des Forces Spéciales le plus proche.

Action

A l’arrivée :
Dès que possible, l’équipe doit prendre contact avec la mission Bergamotte et les organisateurs FFI avec lesquels elle devra travailler.

En cas de retraite:
Dans le cas où la position de l’équipe deviendrait intenable en raison des actvitiés de l’ennemi, elle doit se mettre immédiatement en communication avec l’état-major londonien qui lui indiquera le meilleur moyen de se rentrer. Au cas où il est impossible de se mettre en relation avec Londres, l’équipe se terrera jusqu’à ce qu’une communication avec Londres ou une autre équipe soit possible.

En cas de capture:
Sur le terrain, l’équipe n’a pas de couverture. S’ils sont capturés, les membres de l’équipe le seront en tant que militaires en uniforme et bénéficieront des droits ordinaires militaires. Toutes les lois établies de la guerre leurs sont applicables. Donc, ils donneront seulement : leur nom, grade et numéro matricule. 

Informations fournies à l’équipe:
Les informations suivantes sont données à l’équipe avant son départ : 
  • 1.   Topographie de la Creuse, 
  • 2.   L’organisaton ennemie dans le secteur.
Premier mot du terrain:
L’ équipe Alexander annonce son arrivée saine et sauve sur le terrain par le message radio suivant daté du 14 août :
« Arrivés, avons contacté Hamlet. (Il s’agit de Philippe Liewer organisateur du circuit Salesman, parachuté avec Violete Szabo) Préparons liaison avec Bergamote et la ferons dès que possible.
Pour SAS - stick 9 bien arrivé avec de nombreux sacs de jambe rompus en raison de l’incompétence de l’envoyeur. Détails précis suivent. SAS en rapport avec Bergamote. »



Aperçu des échanges de transmission radio : 

14 août d’Alexander:
« travaillons en liaison avec Bergamote. N’avons pu les rejoindre à cause du manque d’essence dont Hamlet a un besoin énorme urgent. » 

15 août d’Alexander :
« avons rejoint le poste de commandement de François (il s’agit de Georges Fossey chef militaire de la Creuse) établi par Bergamote. Situation excellente. Le maquis combat avec succès l’ennemi tout le temps dans la région, mais manque total d’essence et transport, cela réduit l’efficacité et augmente les pertes. »

16 août d’Alexander :
« Section au combat. Les boches essayent désespérément de gagner l’Est.
Embuscades sur toutes les routes. Hier, les Allemands ont perdu 150, le maquis 2. Quand l’essence arrivera nous tenterons une liaison avec l’unité du maquis Revez. » 

(Le nom "boche" a été donné aux Allemands car il était courant à cette époque d’appeler l’Allemagne la Boschland. En effet l’entreprise Bosch, était très importante et de nombreux allemands y travaillaient. Quant à l’origine du mot : schleus, utilisé également, il pourrait provenir de deux origines:
- le mot Deutschland est difficile à prononcer surtout au milieu, aussi il était plus facile de dire schleu.
- de nombreux mots allemands comportent les lettres schl, d’où : les schleus) 

19 août d’Alexander :
« la situaton ici est plus tranquille. Les boches pris au piège à Bourganeuf, Revez contrôle la situaton. Avons contacté Ellipse qui nous ordonne avec l’agrément de Revez d’aller au nord de la Dordogne ou se trouvent 4000 maquisards en mauvais état qui ont besoin d’armes, d’entraînement et de communicaton. » 

24 août d’Alexander :
« le maquis combat les boches sur la route Périgueux Coutras. Espère attaquer Angoulême bientôt mais avons besoin d’armes. Persuadé que le maquis ici est trop négligé. Nous pouvons faire un énorme travail et faciliter l’avancée américaine sur les routes importantes si vous nous donnez des armes. » 

24 août d’Alexander :
« prévenez, s’il vous plait, les femmes et les familles des suivants qu’ils sont bien : Forcevan, S.J. 27154, RCAF ; Sgt E. Jonel, 999682, RAF ; Sgt H. Blacket, RAF. Ils sont avec le maquis depuis le 9 mai » 

26 août d’Alexander :
« encore rien reçu de vous. Informaton des FFI : Bordeaux tenue par les boches. La zone d’Angoulême est défendue par trois ou quatre mille boches. Les plus grandes forces : de l’ouest d’Angoulême à Châteauneuf, Nersac, Hiersac, Moûtiers, Plassac ; 800 indiens à Braconne. Contre-attaque boche à l’est des FFI de Dordogne pour se garantir la route Bordeaux Poiters. Essayons, aujourd’hui, d’établir une base de commandement unifé pour les opératons AS et FTP. Les munitions de tous genres des FFI sont très basses. Le plus urgent : avons besoin de bazooka. S’il vous plait, envoyez-nous quelque chose si seulement message de trois groupes. Prêt à tout recevoir. Pas de liaison avec les Américains à l’ouest d’Angoulême. Où sont-ils ? »

29 août d’Alexander :
« renforts arrivés hier de Vienne et Haute-Vienne. A la réunion de tous les chefs il a été décidé unanimement la distribution par secteur : Vienne : St Amant, Rochefoucauld ; Haute-Vienne : Prasac ; sud Dordogne : Charmant. Il a été décidé que l’attaque directe d’Angoulême est impossible du fait des forces boches, estimation : 2500.
Raids répétés des FFI sur les routes sud-nord . Le plus urgent est Angoulême. Secteur Torsac attaqué par les boches avec l’infanterie, résultat: 20 boches tués, dont deux lieutenants-colonels dont les papiers indiquent qu’ils venaient du secteur d’Anvers, 20 russes prisonniers, RR sud coupé 5 places. Branconne est tenue maintenant par les FFI. Le général boche prend route nord par Ruffec. » 

1 septembre d’Alexander :
« incapable de contacter les officiers ils sont maintenant à Angoulême. Le trajet est long de l’Indre à ici. Nous ne sommes pas dans la Creuse mais près d’Angoulême. Venons de recevoir d’Alsop, par estafete, ce qui suit : Les FFI Nord Dordogne sur le coté est d’Angoulême espèrent prendre la ville cette nuit. Pouvons-nous avoir un soutien aérien sur les nazis qui s’échappent par les routes. » 

1 septembre d’Alexander :
« Angoulême aux mains des FFI nord Dordogne à la suite d’une superbe et audacieuse ruse. Quelques combats de rue hier à 18 heures, et la ville entièrement notre ce matin. 22 prisonniers américains libérés. Plus de détail par la suite. » 

1 septembre du quartier général des forces spéciales :
« urgent de vous rendre dans l’Indre avec l’ordre de fournir à l’équipe SAS Suzanne un moyen de communication. » 

11 novembre d’Alexander : 
« parachutage bien reçu. Attendons suivant. Terrain et parachutes sont prêts pour Hudson. »

15 novembre du quartier général des forces spéciales :
« pouvez-vous nous renseigner si les allemands sont à l’heure actuelle sur les aérodromes de la Rochelle et de Rochefort, comment sont les terrains, et si il en existe d’autres dans le voisinage et si ils sont utilisés ou pas par les allemands. »



Milden Hall, Angleterre 1944 : Les lieutenants Stewart Alsop et René de la Tousche

Rapport Mission Alexander après son retour le 26 novembre 1944
Dicté par Alsop lors de son debriefing à Londres.

Mission:
La mission de l’équipe Alexander était d’accompagner la moité d’une troupe de SAS, se mettre sous le commandement de la mission FFI Bergamotte pour renforcer la résistance et les aider dans l’organisation et les équipements, en particulier pour harceler les mouvements sur routes et sur rails Périgueux/Limoges/Châteauroux et Toulouse/Limoges/Châteauroux. 

Départ:
L’équipe Alexander est arrivée sur l’aérodrome SAS avec deux autres équipes Jedburgh. Il était dit à notre briefing que nous aurions à accompagner une unité de 30 SAS français à la mission Bergamote dans la Creuse. A notre arrivée sur l’aérodrome il devenait bientôt visible que personne n’avait la moindre idée sur qui nous étions et de plus personne ne s’en souciait. Nous avons trouvé le Lancaster au dernier moment, pris place dedans et mis nos parachutes après le décollage. Dans cet avion nous étions : 15 SAS français et les trois membres de l’équipe Alexander.
Il était décidé qu’Alexander sauterait le premier, avec Alsop numéro 1, Franklin numéro 2, et Thouville numéro 3.

Le décollage a eu lieu le 12 août à environ 10 heures du soir. A un moment au-dessus du territoire ennemi nous avons subi des tirs de D.C.A., ce qui a obligé notre pilote à prendre des mesures périlleuses. C’est probablement pour cette raison que le navigateur a perdu contact avec le deuxième avion et fait une erreur sur notre zone de parachutage. Le 13 août vers 02 heures du matin nous approchons de ce que notre navigateur pense être notre lieu de parachutage. La trappe est ouverte et Alsop prend sa place comme prévu, l’avion tourne autour de l’endroit pendant un temps qui nous paraît interminable, vraisemblablement une quinzaine de minutes. Le largueur avertit Alsop que l’on n’utilisera pas la procédure de largage habituelle, mais dès qu’Alsop voit la lumière il doit sauter, cela ne pose aucune difficulté... Quand quelqu'un allume une torche électrique de l’autre coté de la trappe, Alsop disparaît immédiatement dans la nuit à plusieurs kilomètres de la mauvaise zone. Le largueur réussit à arrêter Franklin au moment où celui-ci allait à son tour sauter. Franklin, Thouville et les SAS sauteront quelques minutes plus tard.

Thouville se retrouve sur une ligne à haute tension, il coupe ses filins pour être enfin à terre, quant à Franklin... il atterrit dans un cimetière…
Personne n’est sérieusement blessé, c’est une chance…. cette zone de parachutage était réservée uniquement au largage de matériel, pas aux hommes…. Cette zone se trouve dans la forêt de Saint-Gilles en Haute-Vienne. Le comité de réception s’attendait à recevoir de l’essence qui leur faisait défaut et non des parachutstes inutiles a été très accueillant et arrangeant. Le capitaine Thouville à bord de l’un de leur gazogène s’est mis à la recherche d’Alsop qui, pendant ce temps, se dégageait de l’arbre sur lequel il avait atterrit quelques kilomètres plus loin. Les recherches de Thouville sont restées infructueuses, pendant ce temps Alsop après des heures d’errance a fini par trouver place à bord d’un véhicule de maquisards qui l’amène au P.C local, un château isolé ou un succulent repas est servi, le premier d’une série...

Haute-Vienne et Creuse:
Au briefing, il nous avait été dit que la région sur laquelle nous allions grouillait de cosaques, tous donnant du fil à tordre quand ils étaient confrontés aux parachutistes alliés. Bien que les cosaques soient un mythe, il est vrai que la Creuse, notre secteur, est tenue plus fortement par les Allemands que la Haute-Vienne.

A ce moment-là et dans les semaines qui ont suivi, les Allemands n’ont jamais eu réellement le contrôle total sur les départements du centre et de l’ouest de la France. En général, ils tenaient les routes principales et les routes nationales, les moyennes et grandes villes. Sur les petites routes et dans les villages, le maquis est, en général, libre de faire presque tout ce qu’il veut. Il est toujours prudent d’obtenir des informations récentes sur les Allemands avant d’aller quelque part, traverser une route nationale certaines semaines est une activité vraiment périlleuse, mais dès les premiers jours d’août cela est possible avec un peu de chance et une grande dose d’adrénaline pour aller presque partout en France, sauf bien sur dans les villes. De grands secteurs de plusieurs départements sont totalement sous le contrôle des FFI. Si les Allemands, naturellement avaient voulu consacrer des forces considérables à cette tache et subir de lourdes pertes, ils auraient pu reprendre n’importe lequel de ces secteurs, mais ils trouvèrent, ayant une expérience amère, notamment dans la Creuse, que ce jeu n’en valait pas la chandelle.

La Haute-Vienne est en grande parte libérée, les Allemands maintennent des forces seulement à Limoges et sur les routes nationales qui passent par ce département.
Au P.C auquel nous avons été rattaché, le personnel anglo-américain est plus nombreux que les Français. S’y trouve également l’équipe Jed Lee du capitaine Charles Brown, une unité Operatonal Group et Hamlet, un major anglais représentant du chef des alliés dans le département.

Nous avons été très chaleureusement accueillis par Hamlet et la mission, le contact s’est effectué immédiatement par l’intermédiaire d’un docteur qui est arrivé avec la mission Bergamote dans la Creuse.
Avec les SAS nous sommes arrivés dans la Creuse pendant la nuit du 15 août, nous déplaçant surtout la nuit dans un vieux camion, utilisant les phares sauf dans certains villages et à de nombreux carrefours.

On peut dire que, le besoin le plus urgent des FFI à cette époque, c'est le carburant, et que Londres semble peu pressée et peu enthousiaste à envoyer. Il est probable que beaucoup de monde à Londres n’arrive pas à comprendre l’importance de l’organisaton FFI, et comment son extension dépend du carburant. Les maquisards sont perçus comme étant des hommes des bois, sortant à pas de loup .
La seule source d’essence existante, ce sont les Allemands qui la gardent comme un trésor, et quant à Londres c’est de l’avarice. Ce qui fait que pratiquement tous les transports se font avec des gazogènes qui ont toujours tendance à tomber en panne au mauvais moment.
Londres, nous a laissé entendre que la mission Bergamote pouvait avoir des ennuis et finir en petite tenue à la gestapo !

Nous sommes arrivés à son quartier général pour trouver une mission prospère et bien tenue. Cependant, très récemment pendant environ deux semaines, elle a traversé une période difficile, quand les Allemands ont décidé d’anéantir le maquis.
Il a été, effectivement déclaré que ce maquis a été anéant, ce que les Allemands ont continué à croire sans se poser la moindre question, bien que les maquisards aient tué plusieurs centaines des leurs chaque semaine.

La mission Bergamotte a été la seule mission alliée avec laquelle nous avons eu contact en territoires occupés qui ait eu la maîtrise complète des opérations militaires. En d’autres termes, c’est la mission Bergamotte plutôt que les chefs des maquis locaux qui prenait les décisions. La Creuse a été, probablement, pour cette raison le seul département ou nous avons vu des FTP et des SAS ou des FFI accepter et respecter le fait d’être sous un commandement unifié. La situation militaire est bien maîtrisée, des embuscades ont été tendues sur toutes les routes importantes, tenues fermement par les Allemands, partant de Bourganeuf et de Guéret. Le maquis a combattu avec quelques très belles réussites tuant un nombre surprenant d’Allemands avec peu de pertes, en grande partie parce que les Allemands ont mis trop longtemps à comprendre que le maquis n’avait pas été anéanti.

Le deuxième ordre de notre briefing à Londres a été de se mettre en rapport avec Ellipse, le DMR et Croc (son adjoint), ce qui a été fait le 18 et 19 août. Ellipse nous a confié une deuxième mission : se mettre en contact avec les chefs du maquis Nord-Dordogne, Rac (lieutenant-colonel Rodolphe Cézard chef des FFI) de l’armée secrète et Louis (commandant Parouty chef des FTP) à Exideuil. Il a été impossible d’y aller directement en raison des concentrations allemandes, nous avons eu l’ordre de nous y rendre par des chemins détournés via la Corrèze. Un gazogène de la mission Bergamote nous a conduit aussi loin que possible, juste au sud d’Egleton où un combat opposant quelques forces était en cours. Nous avons, cette nuit là dormi dans les bois, un convoi allemand est passé la nuit par le même chemin, mais aucun d’entre nous n’a été troublé par l’autre. 

Ayant établi le contact avec les FFI corréziens, nous avons été envoyés par un ordre écrit d’Ellipse dans le nord de la Dordogne dans une voiture à alcool fonctionnant plutôt tant bien que mal. En arrivant à Thiviers (quartier général des maquisards non communiste) l’excitaton de la foule nous a fait comprendre que Périgueux, capitale de ce département, vient juste d’être libérée. Nous avons donc continué jusqu’à Périgueux et nous avons trouvé la ville toute entière en liesse, des bals dans les rues, des démonstrations spontanées du public dans toutes les directions, nous étions prêts à être tués par gentllesse..



Milden Hall, Angleterre 1944 : René de la Tousche

Nord Dordogne:
Le jour suivant à Rouffignac, sud de Périgueux, nous avons pris contact avec Louis et Rac. Nous avions perdu contact avec Louis après la chute d’Angoulême très tôt en septembre, mais ils ont travaillé en étroite collaboration jusqu’à la fin de notre mission la dernière semaine de novembre.

Nous sommes unanimes pour dire que Rac, capitaine à notre première rencontre et maintenant lieutenant-colonel, est la plus forte personnalité que nous avons rencontrée. Il a été fait prisonnier en 1940, s’est évadé après quelques mois vers son Alsace natale où il est immédiatement rentré dans la résistance. Quand cela a commencé à devenir trop chaud pour lui, il est venu ici, où la résistance est communiste avec sa famille. En opposition avec ce part, il a monté son propre maquis, débutant avec six hommes et trois pistolets. Quand nous l’avons rencontré, il avait 2 000 hommes armés et 4 000 autres attendant des armes. A notre départ il commandait une brigade de 3 800 hommes bien organisée. 

Rac a toujours dit, avec une franchise directe, exactement ce qu’il pensait et toujours dit la vérité. La « cravate » semble être le passe temps favori du maquis, c’est une façon assez habituelle de se couper les cheveux en quatre. Mais avec ce que nous avons pu constater, nous pouvons dire que Rac a toujours été d’une précision méticuleuse, ce qui a fait une parte de sa force.
Il n’était vraiment pas facile de savoir comment cela allait se passer avec les divers colonels et généraux qui arriveront en octobre et novembre, mais il a eu de véritables qualités de meneur. La Brigade Rac, comme l’a appelé le maquis, a un grand esprit de corps, c’est la plus disciplinée de toutes les unités FFI rencontrées sur le terrain. Rac a seulement 29 ans, militaire de l’armée régulière.

Louis (le chef communiste) est un ex-mécanicien garagiste, costaud, cordial, de bonne compagnie. Il vous aurait coupé la gorge si cela pouvait servir à son parti et cela ne lui aurait posé aucune difficulté. D’un autre coté, il était sympathique et jovial. Son maquis est à peu près équivalent à celui de Rac, sensiblement mieux armé. Il est impossible d’en être sûr, parce que bien que Louis soit toujours amical, il est toujours aussi renfermé et légèrement susceptible - peut-être parce que Thouville est Saint-Cyrien, Alsop américain donc capitaliste…
Rac et Louis sont donc profondément différents l’un de l’autre. En maintes occasions ils se sont querellés : les cadrer et essayer de coordonner leurs efforts. Cela n’a pas été une tache facile. c'était notre objectif fixé par le DMR.

Angoulême:
Les jours suivants, les Allemands nous ont régulièrement surpris par leur apparente stupidité et leur incapacité à apprendre comment faire face au maquis et leur apparente totale confusion dans leurs mouvements, allant dans n’importe quelle direction. Dans notre secteur leur effectif a énormément varié passant de 20 000 à 45 000 hommes. En tout cas, ils étaient toujours beaucoup plus nombreux que nous et nous avons continué à leur faire beaucoup plus de dégâts qu’eux.
Nous étions, peut-être, nous-même, un peu stupides d’être surpris, mais nous n’avions pas beaucoup de nouvelles et nous ignorions l’étendue de leur déroute au nord de la Loire.

Rétrospectivement, il est facile de voir que la majeure partie des forces allemandes, dans notre secteur, n’avait qu’un seul objectif: sortir de France par n’importe quel moyen et aussi vite que possible. D’autres unités avaient pour tache de prendre en force les ports de la cote ouest : Royan et La Rochelle. Cela explique le désordre apparent des mouvements. En tout cas, avec une supériorité numérique, de l’entraînement et des armes, les Allemands pouvaient certainement et tout à fait objectivement écraser très sévèrement les FFI, ils n’avaient pas le temps ou l’intention de le faire. Le commandement allemand local était très certainement décontenancé. Constamment poursuivis et harcelés par le maquis, des unités dispersées, désorganisées et dans bien des cas en infériorité numérique, il est facile de voir maintenant pourquoi les Allemands ont semblé, bien souvent incroyablement, impuissant contre les FFI.

Quand nous sommes arrivés à Périgueux, les boches se trouvaient à quelques kilomètres à l’ouest, dans la région de Ribérac et de Mussidan. Nontron était libre. Nos FFI et d’autres venus du sud de la Dordogne les ont harcelés jusqu’aux limites du département en multipliant des petits accrochages et montant des embuscades, tuant un grand nombre, principalement près de Torsac.

Aux alentours du 27 août, les FFI se préparent à attaquer Angoulême, dont la banlieue est encore tenue avec force par les Allemands : 22 000 hommes.
Louis a pris immédiatement la zone est de la ville, Rac le sud et le sud-est. La mission avait fait tout ce qu’elle pouvait pour que les deux régiments travaillent ensemble, cela n’avait pas été d’une grande efficacité jusqu’à l’arrivée d’éléments de la Haute-Vienne et de la Vienne. Le chauvinisme départemental est extraordinairement fort dans cette région de France et l’arrivée de ces « étrangers » a eu comme résultat la cohésion entre ces deux maquis. Pour la première fois, Louis et Rac se sont tutoyés. Une rencontre a eu lieu avec les meneurs de la Vienne et de la Haute-Vienne et des plans échafaudés pour créer un commandement général et des liaisons actives entre toutes les unités. La rencontre s’est terminée sur le constat de beaucoup de bonne volonté, de nombreuses poignées de mains et… les plans ont été vite oubliés par tous ceux qui étaient concernés.

La résistance dans la ville s’organisait. Cinquante hommes connaissant bien la ville ont été envoyés en passant par les égouts. Le curé de Torsac (Monsieur l’Abbé Richeux), un homme remarquable, donne le moyen de transporter des armes à la résistance de la ville.
Très solennellement en chantant des psaumes en latin, il a pris la tête d’une procession funéraire jusqu’au cimetière d’Angoulême, beaucoup de pleurs au moment où le cercueil allait être mis en terre. Dans le cercueil, il y a bien sûr des armes qui seront déterrées la nuit par les résistants.

Un excellent coup réussi sous le commandement du capitaine Ullman, un officier de renseignements de Rac. Il apprend que 300 italiens étaient prêts à se rendre avec leurs armes (c’était les armes qui nous intéressaient) en face de la caserne d’Angoulême, si nous venions nous-mêmes les chercher. Cette caserne se situe sur la périphérie, pas dans la ville même. La première nuit les Italiens ayant entendu quelques tirs ont refusé de monter dans les camions, mais la deuxième nuit ils sont montés et Rac a obtenu une énorme quantité d’armes en bon état, y compris deux fusils antitank légers et une demi-douzaine d’armes lourdes. Le 30 août Rac et Louis ont rencontré une petite résistance à la Couronne et dans les faubourgs d’Angoulême.

L’attaque a eu lieu l’après-midi suivant vers 5 heures. Les détonatons des tirs nourris, spécialement avec les armes légères, faisaient penser à une scène de bataille hollywoodienne. Toute action dans laquelle participe un maquisard est très bruyante du fait que quand il met le doigt sur la gâchete d’une Bren, il ne l’enlève que quand la dernière balle a été tirée. Les Allemands ont utilisé quelques morters avec peu d’effets, tout cela s'ajoutant au vacarme général. Un cessez-le-feu a eu lieu à 8 heures pour tenter des pourparlers avec le commandement allemand. Thouville et Alsop ont trouvé une femme dans les faubourgs qui s’est portée courageusement volontaire pour transmettre un message du préfet au commandant. Bravement, puisque les Allemands avaient l’ordre de tirer sur tous civils qui seraient dehors. Le message était un appel à se rendre avec les armes et la promesse de traiter les prisonniers comme des prisonniers de guerre, s’il relâchait indemne les 30 prisonniers politques détenus prisonniers. (A Périgueux, avant de partir les Allemands avaient exécuté tous les prisonniers).

Ce message n’a eu aucun effet, Rac est décidé, contre l’avis général, à contnuer d’avancer dans Angoulême. Nous savions, bien sûr, que les Allemands étaient entrain de se rentrer de la ville, mais il devait en rester encore beaucoup et nous pensions que cela serait compliqué et que des combats de rue de nuit n’auraient aucun effet. Rac est resté impassible. Les Allemands ont profité de ce temps pour quitter aussi vite que possible leurs positions. La progression a repris vers 20 heures avec une faible résistance, et vers minuit le drapeau tricolore flotait sur l’Hôtel de Ville, éclairé par des phares de voiture. En dépit de quelques tirs entre la milice et des Allemands restés en arrière continuant dans les faubourgs pendant quelques jours, une gigantesque fête a débuté dans la ville. Une foule légèrement pompette, la plupart en pyjamas, a défilé dans les rues jusque bien après l’aube. 12 américains et 10 anglais, pilotes et parachutistes, abandonnés au moment du départ des allemands ont été retrouvés et royalement fêtés, ils ont été par la suite évacués via Limoges pendant le nuit de 2/3 septembre 1944.

Cet épisode a été maintes fois raconté, il montre en effet comment de nombreuses grandes villes ont été libérées par les FFI.
A partri de ce moment le maquis s’installe alors que les Allemands évacuent. Le maquis harcèle les Allemands faisant de nombreux morts et les font s’enfuir plus rapidement et d’une manière plutôt désordonnée.
Il est exact de dire que le maquis n’a jamais, ou n’a jamais pu, libérer une ville comme l’aurait fait une armée régulière.

Cela n’est pas dit en reproche ou en dérision du travail des FFI, nous les avons vus accomplir un magnifique travail, avec peu d’hommes, peu d’armes et beaucoup de difficultés.
Le maquisard est un homme courageux, qui n’a pas l’entraînement d’un soldat, il hait intensément son ennemi avec plus de raisons que n’importe quel soldat dans l’Histoire. Ce n’est pas un soldat, et nous sommes amenés à dire que chaque fois que nous avons essayé d’imposer une situaton en termes militaires nous avons fait une erreur de jugement.

Rac et Louis, après l’attaque d’Angoulême, se sont dispersés et nous avons perdu contact avec Louis qui, plus tard, a fait mouvement avec une parte de son maquis vers le front de La Rochelle. Nous avons continué avec Rac jusqu’à la fin de notre mission.
Pendant la nuit de l’assaut sur Angoulême, Franklin, qui était resté seul à notre PC, a reçu un message de Londres. Depuis le 12 août nous avions envoyé à peu près un message en anglais par jour. Dans notre dernier message nous avions demandé des renseignements et des parachutages. Louis et Rac, surtout ce dernier, avaient besoin d’armes pour compléter leur armement et équiper les hommes à l’entraînement. Nous n’avons reçu aucune réponse à nos demandes, par contre nous en avions reçu un nous disant que tout aller bien pour nos familles.

Le message que Franklin a reçu en l’absence d’Alsop et de Thouville mentionne très clairement que l’expéditeur pense que nous sommes toujours dans la Creuse. Nous l’avions quittée quelques semaines auparavant en ayant pris soin de prévenir. Londres, de nous envoyer un message s’ils n’étaient pas d’accord avec cela. Tout cela s’est finalement arrangé, probablement pour une grande part, par l’envoi d’un long message de Thouville en français. Après cette « affaire » tous les messages ont été envoyés en français, Londres a plus ou moins apprécié, nous n’avons jamais eu le moindre reproche jusqu’à la fin de notre mission.

Cognac - Saintes:
Le combat s’est transformé en poursuites d’Angoulême à Saintes et de Cognac à Royan. Après Angoulême la majeure parte des forces allemandes a continué vers l’ouest et le nord, vers Châteauroux, aussi vite que possible. Un tout petit nombre est allé renforcer les garnisons de Royan et de La Rochelle, par Hiersac, Jarnac, Cognac et Saintes. Rac avec ses maquisards et quelques autres unités FFI s’est occupé d’eux. Hiersac, Jarnac, Cognac ont été libérées avec peu de combats. A Saintes cela n’a pas été pareil, un bataillon de Rac sous le commandement de Violette, une vingtaine d’années, ex sergent de l’armée de l’air, a surpris un convoi allemand d’environ 500 hommes sur la natonale 728. Violette a reçu des renforts un peu plus tard, le combat a duré de 16 heures 30 à environ 22 heures le 4 septembre et cela a été un succès pour les FFI. cinq maquisards, seulement, ont été tués, alors que les Allemands ont perdu 10 hommes, comptés sur le terrain, et on peut multiplier par deux ce nombre en comptant ceux qui ont été tués dans les camions ou qui sont morts des suites de leurs blessures. 7 camions boches ont été pris. Il y a eu de nombreux accrochages dans la ville de Saintes et aux alentours à fur et à mesure que les FFI s’approchaient des forces allemandes de la zone de Royan. Il a été affirmé que les Allemands ont perdu 182 hommes, mais il semble que cela soit exagéré.

Violette, avec la libératon de Saintes, a reçu, lors d’un défilé organisé un peu plus tard pour le général De Gaulle au moins autant d’acclamatons que le général.
Les deux semaines suivantes ont été consacrées à tester, avant l’assaut final, les positions allemandes en organisant des patrouilles de reconnaissance. Il a fallu s’y résigner, la détermination était modérée, on s’ennuyait en faisant face à la ligne de feu.

Après la libératon de Saintes, Alexander s’est constamment déplacé. Avant de rejoindre Rac, nous avons fait un agréable long voyage touristque à travers le centre de la France occupée, et, après l’avoir retrouvé, nous nous sommes battus sur des petites routes de Thiviers à la mer.
Les six premières semaines ont été pour nous les plus intéressantes et les plus passionnantes, après notre boulot est devenu de plus en plus administratif comme à l’état-major, malgré quelques alertes et expéditions, nous étions quand même assez occupés à essayer d’avoir des armes pour Rac qui en avait de plus en plus besoin, nous envoyions à Londres des informations sur les actvitiés des allemands, notamment sur les V-4.



Le 18 septembre 1944 à l'aérodrome de Cognac.
Le Général de Gaulle serre la main de Rac

Royan
Nous avons tous pensé en arrivant à la Seudre que nous étons presque à la fin, et que les Allemands étaient coincés dans la région de Royan et qu’ils capituleraient dans les jours à venir. Nous avons eu une désagréable surprise. Nous n’avions aucune information, nous savions simplement que les Allemands étaient forts, bien entraînés et déterminés à tenir le coup. Nous n’avions pas, non plus, réalisé que le but de l’état-major allemand était de tenir les ports français tout le long de la cote. Quand le commandant allemand a repoussé toutes les offres d’arrangement de sa capitulation et quand ils devenaient plus durs face à nos diverses tentatives d’approcher Royan, nous avons compris pourquoi nous étions là.

A ce moment, Rac tient la Seudre de Marennes sur la cote au contrebas de Saujon que nous avons pris en premier, puis reperdu et repris plusieurs fois, mais en dernier lieu aux mains de Rac.

Pendant cette longue période où nous n’avons reçu ni armes ni munitions de Londres, il a bien fallu se débrouiller. J’ai toujours fait remarquer que les méthodes de combat des maquisards étaient loin d’être économiques en munitions et notre avancée de Dordogne à la mer n’a pas arrangé les choses. En poursuivant les Allemands, nous avons pu leur prendre quelques trucs pour remplacer nos affaires en mauvais état, mais ce que nous avons tout d’un coup découvert a été une énorme surprise. L’urgence était donc de trouver des munitions pour les Bren et n’obtenant rien de Londres, Alsop et Thouville ont passé la majeure partie de leur temps à courir la région en tous sens pour essayer d’en avoir auprès d’autres agents ou auprès d’autres missions. Ils se sont débrouillés pour ramener une centaine de mille, plus quelques autres choses pour Rac. 

Une des raisons, je pense, du manque total d’aide de Londres, c’est que, sur une carte de France, La Rochelle et Royan se trouvent côte à côte, semblant ne faire qu’une seule ville et donc Royan a été inclus dans la zone de La Rochelle. Nous avons fait de notre mieux et nous n’avons jamais entendu le moindre tir venant de La Rochelle. Mais tout n’était pas terminé après le retour d’Alsop de Londres où il s’était rendu pour mendier des armes. C’est pendant la dernière semaine de septembre que nous avons fait notre première expédition au nord de la Loire. Nous y sommes allés pour essayer de trouver du carburant et de voir comment il est possible de récupérer quelques armes et munitions allemandes prises au moment ou ils s’étaient rendus quelques semaines auparavant.

Il fallait donc du carburant. A Angoulême et Cognac nous avons récupéré plusieurs centaines de litres aux allemands qui ont été utilisés rapidement. La Brigade Rac, qui compte environ 3.800 hommes, est maintenant complètement immobilisée, sauf les gazogènes. A Rennes, nous obtenons sur réquisition à peu près 20.000 litres de carburant à la section britannique. Rac a envoyé 19 gazogènes pour aller les chercher. Les Américains ont été très surpris en voyant ce convoi vétuste, mais aussi incroyable que cela puisse paraître les 19 camions ont fait malgré tout l’aller-retour.

Nous n’avons pas eu le même succès pour les armes allemandes. C’était pourtant tentant. Le changement de la situation militaire a eu pour effet de modifier notre source d’approvisionnement. En plus, à cette époque, (c’était avant l’arrivée du lieutenant Lucien Conein, Jed du team Mark, et de nombreux régiments de maquisards), Rac avec ses 3 800 hommes était sur la majeure partie de la ligne de front, en face se trouvaient 8 ou 10 00000 allemands. On comprend son impatience à vouloir armer des bataillons supplémentaires. Il y avait, également, un tas d’armes et de munitions allemandes restées dans les arsenaux dont les Américains ne pouvaient se servir. Nous n’avons pu les avoir. C’était un ordre, apparemment, d’un général du quartier général des forces alliées, bien que quelques armes aient été données à des FFI et ce malgré l’aide d’officiers de la zone du Mans. Alsop et Thouville ont fait un voyage éclair à Paris pour voir le colonel William G. Jackson, chef du quartier général OSS. Il fera de son mieux, mais malheureusement les ordres du SHAEF 
sont maintenus…

A notre retour début octobre, nous avons trouvé une situaton légèrementaméliorée avec l’arrivée du régiment Armagnac et d’autres unités FFI. La situaton militaire, quant à elle, n’a pas changé, nous sur une rive de la Seudre, les Allemands sur l’autre. Le point le plus chaud est Saujon, cette ville contrôle les réserves d’eau de Royan. Le moral des allemands est bas, leur stock de nourriture s’épuise, leur situation en fin de compte sans espoir. Une mission américaine, conduite par le major Alexandre Brown Griswold de l’OSS est envoyée de Bordeaux pour essayer d’arranger leur reddition, le commandant Allemand a carrément affirmé qu’il ne capitulerait ni devant les Français ni devant les Américains. Nous nous sommes trouvés dans une impasse. Même avec l’arrivée de renforts, les FFI ne sont pas assez forts pour attaquer, les troupes se bornent à efectuer des patrouilles et à faire face à quelques anicroches. Rac a encore la majeure parte de ses unités de FFI sur le front, mais le moral diminue. Notre parcours de Thiviers à la mer a été aussi amusant qu’une guerre peut l’être : toujours en mouvement, causant quelques sérieux dégâts, en faisant quelques « piquages » (mot du maquis synonyme de chaparder) aux Allemands. Tout cela a été palpitant et exaltant.

Les troupes étaient maintenant essentellement constituées de civils armés de Sten et de Jerry, elles faisaient une sale guerre, dans des conditions difficiles à cause du mauvais temps et des marches. De plus, des bruits circulaient : les FTP étaient entrain de rentrer chez eux en Dordogne. C’était très ennuyeux, Rac a lui-même dit : « ce n’est pas une rigolade, maintenant...». Il a mis en place un système de rotation pour ses bataillons, un bataillon renvoyé en Dordogne pour se reposer, se ré-équiper, en congé finalement.

Nous avions encore besoin d’armes et de munitons, au cours des six dernières semaines nous en avions utilisé énormément. Du coup la mission a décidé de refaire un voyage au nord de la Loire en parte pour chercher des armes et en parte pour emmener un prisonnier polonais qui nous a donnés pratiquement toutes les informations concernant le V-4. (nous en parlerons plus loin.)

Nous sommes allés à Paris vers la deuxième semaine d’octobre, et bien que l’OSS ait un bureau à Paris, Alsop est part pour Londres le 18 octobre. Là, il a expliqué le pourquoi des armes, répété que nous n’avions reçu aucune des armes qui avaient été envoyées dans la zone de La Rochelle et préparé un dernier largage par 7 avions.

Pendant qu’Alsop était à Londres, Thouville a envoyé le sergent Franklin et Philippe de la Tousche - son frère qui avait été rataché à notre mission - en moto pour rétablir le contact radio avec Londres. Ils ont eu un grave accident du à un camion américain qui n’a pas pu être identfié. Franklin n’a eu, heureusement, que quelques plaies à la figure et une légère commotion cérébrale, Philippe de la Tousche, gravement blessé, est à l’hôpital.

En rentrant de Londres, Alsop s’atend en revenant dans la zone de Royan à y rester longtemps. Le général de Larminat ne connaît pas réellement toute la situation et Alsop espère que le siège de Royan pourra continuer à être tenu fermement par les FFI, et il croyait donc le lieutenant Braden : attaché d’ambassade, ayant une grande expérience du combat, ayant fait ses preuves à l’entraînement et sachant organiser des patrouilles. Il était clair que Braden a été mis à la disposition d’Alexander soit par un ordre de l’état-major FFI, soit par un ordre de l’OSS par le biais de l’ambassade le mettant TD pour l’OSS. En fin de compte les équipes Jed étaient priées, à la demande du général de Larminat, de quitter les lieux et nous n’étions là que depuis trois semaines.
Ces trois dernières semaines ont été en grande parte occupées par les parachutages des 7 avions et par la venue de deux Hudson envoyés pour récupérer les parachutes. En raison du mauvais temps, ces parachutages se sont étalés sur dix jours. Nous avons, aussi, réussi, avec le lieutenant Conein et son adjoint, à faire réunir Rac et le colonel du régiment Armagnac, ce qui n’a pas été apprécié par tout le monde.

En revenant à Londres via Paris, Alsop a montré en détail sur une carte le dispositf allemand dans la zone de Royan et a donné des indicatons précises sur les défenses allemandes au bureau de l’OSS à Paris. Au 26 novembre la situation militaire n’avait pas évolué par rapport aux mois précédents. Les positions étaient encore tenues par 7 régiments FFI, ce qui représente environ 12 000 hommes. Les troupes allemandes sont évaluées à 11 000. On était toujours dans l’impasse, de nombreuses patrouilles de chaque coté, quelques pilonnages, mais dans l’ensemble la situation était complètement bloquée. Cela n’allait pas rester ainsi éternellement. Le général de Larminat a installé son quartier général à Cognac et des renforts de troupes de l’armée régulière française sont espérées. La capitulation du commandant allemand est espérée, et s’il le faut une attaque massive est prévue. Si les Allemands sont déterminés à résister, cette attaque ne pourra les expulser, les défenses allemandes, comme on peut le voir sur la carte, sont très puissantes.

Le V-4:

Probablement le fait le plus marquant de l’équipe Alexander au cours des trois mois et demi.
Au cours de la nuit du 13 septembre, à ce moment-là le régiment de Rac tent la ligne de front de la Seudre, Alsop, Thouville et Rac se trouvent dans le poste de commandement à Saujon. Un polonais, soldat dans l’armée allemande, cantonné à Royan, s’est rendu. Rac parlant allemand, c’est un alsacien, nous avons commencé à l’interroger. Nous nous sommes vite aperçus que cet homme n’était pas n’importe qui, il connaît parfaitement bien tout le dispositf allemand et en particulier une arme secrète. Nous avons donc pris en notes tout ce qu’il nous a dit et nous avons envoyé un message à Londres le 14. Il nous a paru plus que probable que notre service de renseignements avait déjà des informations complètes sur cette arme, ce qui fait que dans notre premier message nous n’avons donné qu’une simple description. Il s’est avéré que Londres en entendait parler pour la première fois, il en a résulté un échange de messages intenses dans lesquels nous avons fourni le plus possible de renseignements. 

Avec l’aide du polonais, qui devenait de plus en plus coopératif, nous avons fait des plans détaillés et envoyé un agent avec une lettre scellée chercher un avion qui puisse amener ce courrier à Londres. Après quelques jours de recherches, cet agent a fini par en trouver un à Biarritz. Les plans sont parvenus à Londres début octobre. Ce polonais a été notre seule source d’informations, c’est un homme très intelligent, a suivi une formation d’officier dans l’armée polonaise et a servi dans une unité utlisant le V-4. Nous avons eu une vague confrmation de l’existence de cette arme par d’autres prisonniers et agents, mais le Polonais a été le seul à nous donner des renseignements clairs et détaillés et en plus, il l’avait vu fonctionner.
Les messages reçus nous ont confirmé l’intérêt grandissant de Londres sur cette arme. Alsop et Thouville ne sont pas des experts en interrogatoire, et le Polonais seule source d’information, il fallait donc qu’il soit interrogé par un spécialiste. En fonction de ce que nous avons pu voir, il nous a paru parfaitement sincère, et les informations données très précises. Il nous a semblé très surpris de comprendre qu’il soit le premier à décrire cette arme et d’après lui elle existerait depuis plus d’un an. Et pourtant, c’est à Royan que nous avons appris son existence, elle n’a été utilisée ni le jour du débarquement ni sur le front de l’ouest…. Nous avons donc décidé de l’emmener à Paris où il a été interrogé, jusqu’à mi-octobre, par le bureau de renseignements du SHAEF qui nous a confirmé quelques temps plus tard que tout était véridique.

C’est une arme ant-infanterie qui nécessite une rampe de lancement de 2 mètres. Ses effets destructeurs sont entièrement dus à l’air compressé et n’a pas du tout d’effets d’éclats d’obus. Elle peut être utilisée soit pour son effet de souffle soit combinée à des produits infammables pour des effets incendiaires. Elle produit des effets sur un rayon de 50 mètres de son point d’impact. Le Polonais nous a raconté avoir vu un cheval être entièrement déchiqueté alors qu’il se trouvait, pense-t’il, à plus de 50 m.

Ce qui peut expliquer la présence de cette arme dans une si pette ville, mais nous n’en avons pas eu confrmation, c’est que Royan est un centre d’essai et cette arme, inventée par un français, n’est pas encore totalement au point. Le fait que la rampe de lancement et le système de visée soient si primaires semble vouloir nous donner raison.
Mais, d’un autre coté, il a été dit que cette arme a été utlisée sur le front russe jusqu'à ce que les Russes aient menacé, en représailles, de se servir de gaz. C’est une façon très efficace pour obtenir l’arrêt complet.

Cette arme produit donc son effet complètement par souffle, et ce n’est pas une motte de terre ou un petit terrier qui peuvent offrir la moindre protection, le seul moyen, pour l’infanterie, ce sont les tranchées. Heureusement que des défauts soient apparus, et partculièrement que cette arme pouvait exploser au départ. Les Allemands ont eu, apparemment, très peur de s’en servir. Malgré cela, le Polonais nous l’a confirmé, le commandant allemand a répété inlassablement que les Allemands gagneraient la guerre avec cette arme, il nous semble qu’il ne faut pas prendre cela à la légère.

L’équipe:

Les trois membres de l’équipe ont parfaitement travaillé ensemble.
Franklin fait un excellent travail que ce soit techniquement ou autre. Il a toujours été volontaire et a toujours gardé la tête sur les épaules dans les difficultés. Maintes et maintes fois quand il y avait des alertes, il est part immédiatement se mettre à couvert avec les codes et la majeure parte du matériel radio sachant parfaitement ce qu’il avait à faire. Nous avons eu des ennuis avec notre propre matériel vers la fin du mois d’août, mais il en a trouvé un autre et Franklin a fait un formidable travail pour nous maintenir constamment en liaison avec Londres.

Alsop et Thouville ont très bien travaillé ensemble sans avoir eu de sérieux désaccords. Thouville a eu quelques difficultés avec des maquisards du fait qu’il était capitaine de l’armée régulière et Saint-Cyrien; la plus part d’entre eux étaient des civils et communistes. Par son courage et son talent il a su gagner la confiance totale de tous.

Thouville a tout le temps fait un travail réellement remarquable. Si une décoration américaine doit être donnée à des membres français des équipes Jedburgh, je souhaite vivement que Thouville soit l’un d’eux.

Si pour recevoir une décoraton américaine il est nécessaire d’avoir été directement sous les ordres des forces américaines il faut signaler que tout ce qui concerne le V-4 a été envoyé en premier à l’OSS et par conséquent au Bureau américain de Renseignements du SHAEF. Le véritable nom de Thouville est : capitaine René de la Tousche, son adresse militaire actuelle puisqu’il a rejoint Rac: Brigade Rac, FFI Charente Inférieure, France.

Lorsque le Jed eut achevé sa mission, le capitaine Thouville prit la direction du 3e bureau (opérations) de la Brigade Rac, cependant qu'Alsop et Franklin regagnaient l'Angleterre.

Que sont-ils devenus ? : 
Stewart Alsop est décédé en 1973 .
Pour sa contribution au Team : Officier de la Légion d’Honneur
René de la Tousche dit Richard Thouville est décédé le 15 janvier 2003. Pour sa contribution au Team :
Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 29 mars 2002. Citation à l’ordre de l’armée. Mention dans les rapports officiels (décernée par le Roi George VI d’Angleterre)

Dick Franklin décède en mai 2016. Pour sa contribution au Team : Officier de la Légion d’Honneur 14 juillet 2013.


Sources:
Rapport du debriefng d’Alsop et de Franklin à leur retour de mission au Quarter Général de l’OSS à Paris. Richard Thouville (René de la Tousche) ayant été rapidement débriefé par le Colonel Carleton Smith au Quarter Général de Rac à Saint- Porchaire.

Histoire de ce livret par Alain de la Tousche

J’ai rarement entendu parler des Jed’s. , J’ai réentendu parler lorqu’ils se sont retrouvés sur les plages du débarquement en 1994… Mais toujours sans trop de détails,
Ayant beaucoup de temps libre, fin de l’été 2001, je me suis mis àffectuer des recherches sur les Jed’s… Mes premières recherches m’ont permis d’en savoir un peu plus sur « Eux »… Je montre mes travaux à Papa qui me dit alors: «… c’est bien… je suis content que tu t’intéresses à ça... » J’ai donc poussé mes recherches plus à fond, envoyant des mails à droite et à gauche pour essayer d’obtenir des renseignements. Sur un site Américain, je suis tombé sur une Associaton Jed’s présidée par le général Singlaub. Et quelques semaines plus tard, j’ai l’heureuse surprise d’avoir un message :
« … je m’appelle Dick Franklin, Singlaub m’a écrit me disant que tu es un des fils de René et que tu cherches des informations sur les Jed’s, j’étais le radio du team Alexander... ».

Il me donne quelques renseignements et me parle de son livre... Je lui demande donc où je peux le trouver et me répond: « ...je te l’enverrai par le net… ». Il a de multiples actvitiés et met un long moment à me l’envoyer par téléchargement…

Cela ne m’a pas freiné dans mes recherches… Début 2002, je tombe sur un site Anglais, j’envoie un mail pour demander comment obtenir et à quel prix les documents qu’ils possèdent sur l’équipe Alexander. Je reçois un mail me faisant savoir que je vais recevoir très prochainement les documents et que cela m’est offert gracieusement… J’ai bien reçu l’envoi et je découvre alors qu’il s’agit de la photocopie du Rapport d’Opération d’Alexander... Je mets un moment pour le traduire et j’ai fini quelques jours avant que Papa reçoive, des mains de Monsieur de Schonen, la Croix d’Officier de la Légion d’Honneur. Il n’a pas pu la lire tout de suite, ce n’est que quelques temps après que j’ai reçu un coup de téléphone de Maman
« … Papa a lu avec intérêt ton document et trouve que tu l’as très bien traduit...».
L’été 2002, allant le voir à Saint Sever, je lui montre ceux que j’ai reçus du Mémorial de Caen .
« ...tu as fait un bon travail… quand tu viendras à Paris, je te montrerais ceux que j’ai et tu seras le premier à les voir… ».
Quelle joie !… quelle ferté !…. Moi qui n’avais jamais porté beaucoup d’intérêt aux questons militaires jusque là, j’allais avoir le « privilège » que Papa me parle de cette période, chose qu’il n’avait jamais fait auparavant. En lisant la traduction du Rapport de Mission, Maman m’a dit avoir découvert pas mal de points dont Papa ne lui avait jamais parlé.
Cela n’a jamais pu être réalisé, lui, de plus en plus malade… moi, pris par des engagements… et Papa s’est éteint le 15 janvier 2003…

Alain de la Tousche





Octobre 2012 : Dick Franklin et Elizabeth Winthrop Alsop, la fille de Stewart Alsop



Dick Franklin et Gaël de Maysonneuve le Consul General de France.
Photo prise le 30 Mai 2013 à Miami, dans l'auditorium du George Washington Carver Middle School. 

A lire également :

L'accès aux archives des services secrets américains par Stewart Alsop lui permit d'écrire, en tandem avec Thomas Braden, universitaire et journaliste, « Sub Rosa » (1946) traduit de l'américain par Paule Ravenel sous le titre « O.S.S. l'Amérique et l'espionage » (1964), Ed. Fayard, dans lequel un chapitre est réservé aud Jedburgh en en particulier à la Brigade Rac.

Mais Alsop n'avait pas oublié la France, l'occupation, la Résistance, les maquis et ses amis. Le 28 juillet 1964 dans le " Saturday Evening Post ", il écrivait un article sous le titre " Remembering Rac " (lien)   Version in English (link)