Le seule, l'unique Georges Lautrette ! : Réveillon de Noël 1943

Rédigé par Alain dans la rubrique Brigade RacPortrait

« Tac, tac... » ... « Tac, tac... », c’était sa façon de passer inaperçu quand il traversait Thiviers après le couvre‑feu, chaussé de ses gros sabots, sans lesquels il risquait toujours le « faux‑pas ».
Faites très attention, disait‑il, les Feldgendarmes patrouillent dans le patelin ; il ne s’agit pas de se faire repérer.
Il allait et venait, ainsi, pour voir Pierre, Paul ou Jacques, avec lesquels il prétendait avoir convenu d’importants entretiens.

Personne ne sut jamais où il se dirigeait et ce qu’il allait y faire. Il avait une manière à lui de
s’engager et de se tirer d’affaire que nous ne pouvions comprendre ; celle du « terroir » sans aucun doute. Sa grande satisfaction était de rentrer avec un « cadeau ». Quand il avait réussi un « coup », son visage s’illuminait, il s’esclaffait ; encore une bonne blague faite à l’occupant. Dans son garage de la route de Limoges et dans sa réserve située de l’autre côté de la voie ferrée il commit les pires « infractions » au régime. II avait une superbe réplique : T’inquiète..., ce qui devait suffire à vous rassurer.
Rac (Rodolphe Cézard), sa femme (Raquette) et Tom (Jean Nicard) se souviennent fort bien de ce réveillon de Noël 1943 où Andrée Lautrette avait mis les petits plats dans les grands, pour la famille et quelques amis. 
A l’apéritif, lait de Montbazillac (que Georges allait chercher par petits barricous au nez et à la barbe des Allemands), le maître de maison donna des signes évidents d’impatience; il se trémoussait sur son siège, regardait sa montre, se grattait la tête... puis il se leva, descendit l’escalier, tira le rideau du garage, et l’on entendit la Simca prendre la route.
Où va‑t‑il encore ? ‑ On verra bien ; et l’assistance fit semblant d’oublier son absence.

Une heure plus tard, alors que les convives venaient d’attaquer le foie gras maison, Georges se faufila en silence et reprit sa place à table. Mais qu’as‑tu fait ?... on dirait que tu as le hoquet ? ‑ Ce, ce... ce n’est rien, une course urgente.
Nous étions à la fois sceptiques et inquiets : Mais encore ? Rac lui demanda un tête‑à‑tête de quelques instants : Alors ? d’où viens‑tu ? ‑ Je viens... je viens de faire sauter la scierie de Corgnac. ‑ Tout seul ? ‑ Bien sûr !
Il but une gorgée, le hoquet se passa et la fête prit dès lors l’allure d’une victoire. Il était bon et généreux, prêt à accomplir toutes les missions qui pouvaient se présenter. Il s’acquittait de ces tâches avec humour. Je crois même que, dans les moments les plus difficiles, il trouvait le temps pour rire, car il voyait les choses simples, très simplement, un atout majeur, qu’il n’est aisé de s’approprier.

Il avait tout offert à Rac, son amitié, son temps, sa famille, son foyer, sa situation. Il n'avait pas hésité à mettre sa parenté largement a contribution (à doueyras, aux Farges). Il représente pour Rac, l’ami, le vrai, et la Résistance dans sa signification la plus sincère.


Version of this fantastic story in English :

The one and only Georges Lautrette : Christmas Eve 1943

'Clip clop, clip clop', it was Georges way of getting around unnoticed as he crossed Thiviers after curfew, with his large clogs on, without which he would risk being under suspicion.
"Be careful" he would say, "the Feldgendarmes patrol the town, we must not be spotted."
He came and went this way, going to see Pierre, Paul or Jacques or whoever he was pretending to have some necessary business in relation with his Garage.
No one knew where he was going or what he was up to. He used to engage himself in a task that others could not fully understand. He'd do anything without doubt for the love of his region.

His greatest pleasure was to return from one of his successful missions with a little 'present' or 'souvenir'. His face would light up and he'd burst out laughing as he'd yet again been able to play some prank on the 'occupier'.

In his garage at Thiviers, situated on the road out to Limoges, and at his storehouse the other side of the railway line, he would hatch his most daring 'offences' against the Germans.
He had an excellent retort "Don't worry yourself about me", just enough to reassure those around him.

Rac (Rodolphe Cézard), his wife (Raquette) and Tom (Jean Nicard) all remember well the Christmas Eve in 1943 at the home of the Lautrettes. Andrée Lautrette had put on a spread for family and a few friends along with an aperitif which Georges had found and pinched right under the nose of some Germans. Georges was showing some signs of restlessness, wriggling on his seat, looking at his watch and scratching his head. He gets up, pops downstairs to his garage and then the sound of his Simca as he drives off.

Where was he off to ? Meanwhile the guests made out they were not noticing his absence.
An hour later, as everyone was tucking into the home made frois gras, Georges walks back in, not a word said and takes his place at the table.
"Where have you been" Andrée asks "They said you had the hiccups".
Georges replied "Agh, it was nothing, just an urgent errand to run".

They were all sceptical of the story and at the same time worried at what he'd been up to.
Rac pulled him to one side and grilled him
"Where have you been at this time?"
Georges replied "I've just, I've just blown up the sawmill at Corgnac."
"All alone ?"
"Of course !"

He returned to the table, took a mouthful of food and his 'hiccups' had passed. The remaining
holiday took on the feeling of a little victory against the 'occupier'.