Cérémonie Charlotte Serre - Thiviers 16 octobre 2015

Rédigé par Alan dans la rubrique ÉvènementBrigade RacPortrait

Tous nos remerciements à Pierre Yves Couturier, le Maire de Thiviers pour avoir eu la gentillesse de partager ces photos (prises par Jacques Guine) et son discours lors de baptême de l'école primaire Charlotte Serre à Thiviers le 16 octobre 2015.



De gauche à droite :
Marie Sophie Couturier, Michèle Cézard, Geoffroy Tenant de la Tour, le Maire de Thiviers Pierre Yves Couturier,
Jean-Pierre et Michèle Couturier






De gauche à droite : Madame la Deputée Colette Langlade, Pierre Yves Couturier et Véronique Deteve la Directrice de l'école primaire





Discours du Pierre Yves Couturier, Maire de Thiviers

Baptême de l'école primaire Charlotte Serre

Madame la Députée, 
Mesdames et Messieurs les Maires et élus ainsi que l’ensemble du Conseil Municipal, 
Mesdames et Messieurs les représentants des administrations de l’Etat, 
Mesdames et Messieurs les Anciens Combattants, les Portes Drapeaux, leurs représentants et leurs associations. Ils sont la mémoire vivante de cette période de notre histoire. 
Les représentants de la Gendarmerie Nationale, 
Les représentants du Corps des Sapeurs-Pompiers, les  Jeunes Sapeurs-Pompiers et leur famille, 
Madame véronique DETEVE, Directrice de l’école. 
Les enfants des écoles et les enseignants, Les familles et amis présents.  

A toute la population ici rassemblée, à nos compatriotes et aussi à ceux de toutes nationalités présents à cette cérémonie. A ceux qui le sont aussi par la pensée et qui n’ont pu être des nôtres. Je pense notamment à ALAN qui perpétue la mémoire de cette période.   

L’ensemble du Conseil Municipal et moi-même sommes heureux de vous accueillir sur cette place pour baptiser l’Ecole Primaire du nom de Charlotte SERRE.   

Avant toute chose, je vous propose de laisser le silence s’installer car je souhaiterai partager un moment d’émotions avec vous.   

Charlotte SERRE est parmi nous par la magie d’un enregistrement. Je vous propose donc d’écouter tout simplement sa voix.

(Voix de Charlotte SERRE)

VOUS AVIEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Lorsque vous avez vu le jour sur la commune de Saint Jory de Chalais par une belle journée du mois d’août 1914 (27 août). Charlotte SERRE née Hortense TOURENNE. C’était il y a cent ans.   

Au même moment, l’histoire est déjà cruelle avec vous. Comment oublier la disparition de votre propre père tombé au Champs d’Honneur, dans les Ardennes  le 31 août 1914. Soit au 4ème jour de votre naissance ?     

VOUS AVIEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Que Charles SERRE, notaire de son état à Champagnac de Belair, succombe à vos charmes et vous demande en mariage. 

Vous l’épouserez le 10 mai 1933 et plus jamais vous ne le quitterez.   Vous vous consacrerez à l’éducation des jeunes filles, au chant, à la musique et à la peinture (vous tenez l’harmonium). Vous aviez 19 ans.     

VOUS AVIEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Que la Résistance en Dordogne-Nord, déjà à l’époque placée sous l’autorité de votre mari, va vous vous accorder sa confiance. Totale. Epouse et compagne de tous les risques. Nous sommes en 1941.   

Dès cette époque, votre activité de résistante est particulièrement importante. C’est vous qui assurez les liaisons en dissimulant les plis dans le cadre de votre bicyclette.   

En 1943, vous adhérez au mouvement COMBAT et vous devenez l’agent de liaison P2. Votre mari qui assure la liaison avec l’ORA Christophe, est nommé membre du Conseil National de la Résistance. Vous aviez 27 ans.    

Cette même année, la gestapo perquisitionne chez vous à CHAVIRAT à la recherche du poste émetteur permettant les échanges avec LONDRES. Ils ne le trouveront pas. Il est déjà entre les mains de mon grand-père, Pierre COUTURIER dit « Pierrot » à qui vous l’avez confié. Ce poste pour lequel vous avez tous risqué votre vie, je vous l’ai rapporté. Il est ici aujourd’hui, exposé dans une vitrine dernière moi.     

VOUS AVIEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Que certains n’ont pas hésité à vous dénoncer. Et c’est à Saint Pardoux la Rivière que vous vous cacherez désormais ne sortant plus que la nuit. Pour finalement entrer dans la clandestinité le 2 janvier 1944 en rejoignant secrètement la capitale.   

Et c’est à PARIS le 22 janvier 1944 que vous serez finalement arrêtée et internée à la prison de FRESNES.   

Charles SERRE votre mari sera condamné à mort. Puis finalement déporté à DACHAU en juillet 1944.   

De votre côté, vous serez déportée à RAVENSBRUCK où vous arrivez le 10 mai 1944 à 3 heures du matin, les pieds dans la neige. Vous aviez 30 ans.       

VOUS AVIEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Que même vos bourreaux n’ont pas réussi à vous faire renoncer.   

Vous supporterez le froid, la faim, les coups.   Vos compagnes de l’horreur portent des noms illustres : Geneviève de GAULLE,-ANTHONIOZ.   

Jamais vous n’accepterez. Jamais vous ne vous résignerez. Vous traverserez l’enfer.    

Et c’est finalement, le 14 avril 1945 que vous débarquerez à la gare de THIVIERS par la faveur d’un échange de prisonniers conclu entre la France et l’Allemagne.   

Vous pesez 34 kilos. Vous aviez 31 ans.     

VOUS AVIEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Qu’à compter de cette date plus personne nous vous oubliera.   

Vous retrouverez votre mari, Charles SERRE, le 24 avril 1945.   

Il sera fait Compagnon de la Libération et nommé Député de l’Assemblée Constituante. Elu Conseiller Général du canton. En 1946, Ambassadeur de France en Syrie. En 1953, il prendra la direction du journal COMBAT.   

De votre côté, vous serez élue conseillère municipale de CHAMPAGNAC DE BELAIR. Puis vous en deviendrez le 1er Adjoint. Fonction que vous occuperez pendant 6 ans.   

Vous vous consacrerez aux écoles, à la cantine, à la distribution des prix.   

Sans jamais oublier vos camarades morts pour la France et ceux qui ont survécu.   

Vous êtes depuis lors, Présidente d’honneur des comités de la Brigade RAC.   

Vous perdrez votre mari, Charles SERRE, qui décède le 1er avril 1953. Vous aviez 39 ans.     

VOUS AVIEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Qu’à compter de cette date, vous entrerez à jamais dans l’histoire.   

Comment ne pas s’incliner devant la mémoire de ceux qui, comme vous l’avez fait, refusèrent l’inacceptable. A celles et ceux qui ont fait preuve d’abnégation pour former « l’armée des ombres » si bien décrite par Joseph KESSEL. 
En 1961, vous être décorée de la Légion d’Honneur. De la Croix de Guerre avec palme. De la Croix du Combattant Volontaire. Titulaire de la Médaille de la Résistance. En 1963, de Chevalier, vous êtes promue Officier de la Légion d’Honneur. Distinction qui vous est remise dans la cour d’Honneur des invalides à PARIS.   

Ce sera dès lors le début de votre activité littéraire et artistique.   

Vous aviez déjà composé votre premier poème pour votre fille « Bruit de neige ». 1949.   

Puis ce sera la parution de votre premier recueil de poèmes : « Elans d’Amour ». 1973. 
Puis du livre : « Des fleurs » en 1975. Et : « A chaque pas » en 1976.   

Le 28 août 1977, verra l’inauguration du mémorial de la Brigade RAC qui se trouve au rond-point Saint-Roch à THIVIERS en hommages à vos 252 camarades morts pour la France.   

Vous serez distinguée par la Société des Gens de lettres pour votre livre : « Rescapée de la nuit ».   

En 1987, vous êtes faites Chevalier des Arts et Lettres par le Ministre de la Culture.   

En 1991, vous obtiendrez le prix des Poètes Français et en 1992, vous rédigerez un livret pour les enfants des écoles sous le titre : « De FRESNES à RAVENSBRUCK ».   

En 1995, ce sera la parution de votre dernier livre : « Saint Jory de Chalais, Pays de mon enfance ».   Vous décédez le 29 décembre 2000. Vous aviez 86 ans.      

VOUS AVEZ UN SI JOLI PRENOM MADAME   

Que nous avons décidé de le donner comme nom de baptême à l’Ecole Primaire.   

Vous rendez ainsi, d’une certaine façon, aux femmes de votre génération, la place qu’elle mérite dans notre histoire. Et plus particulièrement durant les guerres qui ont ensanglanté celles-ci.   

Vous incarnez l’esprit de résistance sans lequel l’histoire de notre ville, et de notre région toute entière ne serait rien, sinon une imposture.  Pour reprendre les termes du Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de la Défense chargé des anciens combattants et de la mémoire :   


« Se souvenir est un devoir et une nécessité. C’est pourquoi les anciens combattants et les résistants seront mis à l’honneur. Ils témoignent du passé. Ils donnent un sens à notre présent. Ils éclairent notre avenir ».   

Vous avez Madame, par votre absence de résignation, par votre engagement, par votre lutte, par votre sacrifice, contribué à forger une certaine idée de la France.   

C’est la raison pour laquelle, il nous est apparu important de donner un visage à ces combattants de la première heure. Au premier rang desquels vous figurez.   

Ce n’est en rien effacer la mémoire des autres que de vous avoir choisi, vous.   

Bien au contraire, vous incarnez par votre action et vos sacrifices l’histoire de toute la France en général, et du Sud-Ouest en particulier. Vous êtes de celles qu’évoquera André MALRAUX lors du transfert des cendres de Jean MOULIN au Panthéon en s’adressant : « aux tondus de RAVENSBRUCK ».   

Charlotte SERRE, vous entrez à nouveau dans l’histoire de la ville de THIVIERS et je suis particulièrement fier de le faire à vos côtés.   

L’école a désormais ……un si joli prénom Madame. 



Cette cérémonie nous invite donc à mesurer le chemin parcouru depuis 70 ans et à mesurer les sacrifices endurés pour nous offrir la paix en héritage. Nous invitons tout particulièrement les jeunes générations à méditer sur les notions de sacrifice, de paix et de liberté.   

Comme dans chaque cérémonie, il nous faut remercier les personnes présentes. C’est l’usage. Mais il y a aussi et surtout aujourd’hui dans cette foule rassemblée quelques personnes que nous souhaitons saluer et remercier tout particulièrement pour leur présence :   

Charlotte SERRE était une figure indissociable de la Brigade RAC. Elle en était la Présidente d’Honneur. Tout comme elle était membre perpétuel du bureau central des amicales de l’unité, désignée Présidente d’Honneur du Mémorial de la Brigade RAC.   

Aujourd’hui, l’association des anciens et amis de la Brigade RAC est présente à nos côtés. En la personne de sa Présidente, Madame Michèle CEZARD, fille du Colonel Rodolphe CEZARD « dit RAC ».   

De Monsieur Jean-Pierre COUTURIER, mon père, fils de Pierre COUTURIER dit « Pierrot », mon grand-père. Il était à l’époque l’adjoint, le fidèle compagnon et le confident de RAC. Il était aussi le porte-drapeau de la Brigade. Il portait ce même drapeau lors du défilé de la victoire organisé par le Général DE GAULLE à PARIS en 1945.   

De Monsieur Geoffroy TENANT de la TOUR fils du héros de la résistance « dit MARIE-ANTOINETTE ». Ils ont accepté notre invitation et ont fait le déplacement pour participer à nos côtés à cette inauguration. Ils sont la mémoire vivante de cette période.   

Tous les trois, comme les portes drapeaux et les anciens combattants présents à nos côtés aujourd’hui nous font l’honneur de leur présence et je les en remercie sincèrement.   

Je remercie Mesdames Céline DEQUANT, Carole LEHAIR, Marie-Françoise DUBOST Conseillers municipaux et adjoints pour leur engagement et leur contribution à mes côtés et pour la réussite de cette inauguration. De même, que pour le personnel communal.   

Et plus généralement l’ensemble de ceux qui ont participé de près ou de loin à l’organisation de celle-ci.   

Un grand merci à Mme FAYOL et à l’association MEMOIRE pour son travail remarquable en la matière et pour avoir accepté de nous prêter les enregistrements de la voix de Charlotte SERRE. De même,  J’y associe Monsieur Bernard VAURIAC, Maire de Saint Jory de Chalais, commune de naissance de Charlotte SERRE, à qui nous devons le prêt de certains effets et objets personnels de celle-ci, objets de l’exposition.   

Nous invitons donc l’ensemble des personnes présentes à la fin de cette cérémonie à partager le verre de l’amitié et à découvrir l’exposition que nous avons préparée à votre attention. Elle a ceci de particulier : elle a été imaginée et conçue avec des documents d’archives uniques ayant appartenu à Charlotte SERRE.   

Et puis, pour finir, le mot de la fin : A tous les Portes Drapeaux présents, à tous les anciens combattants qui sont à nos côtés, à toutes celles et ceux qui dans l’anonymat, mais aussi et surtout dans la peur, le doute et la solitude, les ont accompagnés et ont souffert à leurs côtés, sont morts pour la France ;   

A chacun de vous.   

A la population ici rassemblée, à toutes vos familles et amis.   

A tous les enfants et à tous ces témoins de l’histoire vécue, nous disons merci.   

Les enfants, n’oubliez jamais que la vie est belle. Charlotte SERRE aimait la vie. Et c’est désormais à vous de la faire vivre à travers votre histoire et celle de votre école.   

Vive la liberté !  

Vive la France !