Aixe sur Vienne : photos et allocations de la commémoration de la bataille d'Aixe-sur-Vienne 17 et 18 août 1944

Rédigé par Alan dans la rubrique Lieu de mémoireÉvènement 

Nos remerciements à Alexandre Bremaud qui a eu la gentillesse de nous faire partager quelques photos et les allocutions de la cérémonie du 17 août 2016 à Aixe sur Vienne et l'inauguration de la rue Eugène PINTE.


COMMEMORATION DE LA BATAILLE D'AIXE SUR VIENNE

17 ET 18 AOÛT 1944

Comité ANACR de la Hte Vienne

17 août 2016 – Aixe sur Vienne

                                                            Alexandre BREMAUD

Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les autorités civils et militaires
Mesdames et Messieurs

Très tôt dans le secteur Ouest de la Haute-Vienne, des femmes et des hommes vont réagir à la défaite de la France. Création d'une garde civile à St-Laurent-sur-Gorre, Camouflage d'armes à St-Auvent, rassemblements de volontaires à Cussac, formation de maquis à Séreilhac, centre de résistance à Aixe-sur-Vienne - La Gaubertie, ...
Luttant contre le nazisme et ses sympathisants, qu'ils soient allemand ou français, des résistants ont osé croire en la victoire.

L'union réussie de l'AS-ORA par le colonel de Grancey et la bonne coopération avec les FT permettront au secteur Ouest une relative efficacité.
En août 1944, le maquis contrôle le secteur. La pression commence à se faire sentir autour de Limoges, mais l'occupant allemand refuse de capituler.

Le 17 août tôt le matin, un détachement du corp franc du 2ème bataillon ORA parvient dans Limoges à réaliser un coup de main et à dérober quelques 4.000 litres d'essence à l'ennemi au profit des véhicules de la résistance. Au cours de cette opération, un accrochage a lieu au niveau de la rue François Perrin dans Limoges. Quatre résistants du corp franc y laisseront la vie : Albert Chirol, Pierre Aymard, Bernard Rouault, Marcel Charrier.

C'est cette même journée que la garnison allemande a choisi de sortir en force de Limoges, et rompre l'étau FFI en empruntant l'ancienne route d'Aixe.

Le commandant de secteur Pinte, fait barrer la route et va commander les différentes unités rassemblées sur le secteur. Le Mas des Landes devient un lieu de combat intense. Les trois mouvements FTP AS et ORA vont y contenir les forces allemandes, lui infligeant de lourdes pertes.
Adrien Chabaud et Paul Javelaud y laisseront la vie.

La Vienne est un obstacle naturel pour l'ennemi. Les ponts, en particulier d'Aixe et de la Gabie devront soit être protégés, soit sauter pour interdire le franchissement du cours d'eau. En fin de soirée, les allemands progressent en direction d'Aixe. Une journée de combat leur aura été nécessaire pour progresser de 5 km.

Les maquisards font évacuer des habitants d'Aixe, en particulier pour la nuit.

Les allemands commettront des exactions. Alors que quelques temps auparavant, la famille Pichenaud fut dénoncée puis déportée, plusieurs familles de résistants habitant Aixe seront inquiétées les 17 et 18 août, mais échapperont en général à l'arrestation. Sur renseignement de miliciens, les allemands se rendront au domicile de Georges Joyeux, camionneur au service de la Résistance dont la maison servait de rendez vous. Ses deux camions y seront incendiés. Livré par des collaborateurs et miliciens aux allemands, Joseph Aberide, garagiste servant de cache régulière aux maquisards verra son garage, son outillage et onze véhicules incendiés par l'ennemi.
Le 18 août, les allemands contenus dans Aixe ne réussissent pas à s'en dégager, et finiront par reculer et retourner dans Limoges.

Au cours de ces deux jours de combats, les résistants Marcel Collet, Pierre Meriguet, Edgard Marchat, Roger Muntzer, Christophe Rougier et Albert Parrat perdront la vie.
Le 18 août au soir, Marcel Pinte décède accidentellement tué par le départ d'une arme automatique d'un maquisard. Ce sera la fin de deux journées de combat que l'on appellera "bataille d'Aixe sur Vienne" que nous commémorons aujourd’hui.

"La plus belle sépulture des morts, c'est la mémoire des vivants." A dit André Malraux
L'ANACR, Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance défend la mémoire de ses camarades, et rappelle les éléments fondateurs du Conseil National de la Résistance pour lesquels les résistants ont combattus.

La mémoire de la résistance, faite d’héroïsme comme de douleur doit servir notre vigilance pour que l’objet de leur engagement voir de leur sacrifice ne se perde. 

Ce que nous leur devons aujourd’hui n’est jamais définitivement acquis.













CEREMONIE D'INAUGURATION DE LA RUE EUGENE PINTE

17 août 2016

Allocution retraçant l'engagement résistant d'Eugène Pinte

                                                                                                         Marc Pinte, Alexandre Brémaud

Monsieur le Maire d'Aixe sur Vienne ;
Madame la député de la Haute-Vienne ;
Mesdames, Messieurs les autorités civils, militaires et religieuses ;
Mesdames, Messieurs les représentants des ordres nationaux, d'associations d'anciens combattants, d'associations patriotiques et mémorielles ;
Mesdames, Messieurs les portes drapeaux ;
Mesdames, Messieurs les anciens combattants, victimes et rescapés ;
Mesdames, Messieurs,

Nous allons vous donner lecture de quelques étapes du parcours d'engagement du Chef de Bataillon Pinte. A travers lui, c'est aussi des centaines de résistantes et résistants, pour certains restés dans l'ombre, que nous souhaitons associer durant cet hommage.

Eugène Alfred Armand Pinte est né le 23 juillet 1902 à Neuville sous Montreuil dans le Pas-de- Calais.
Passé par l’École des enfants de Troupe, il suit l'École militaire préparatoire de Montreuil sur mer. Au grès de diverses affectations dont l’Orient, sous les ordres du Maréchal Lyautey, il regagne la France pour servir à Metz au 151 ème sous les ordres du Maréchal de Lattre de Tassigny.

Il participe à la bataille de France, puis aux étapes de la 7 ème armée commandée par le Général Giraud puis par le Général Frère, au cours desquelles il sera cité à l’ordre du régiment par le général BLIN, directeur des étapes de la 7ème armée : "sous de violents bombardements a assuré le regroupement des isolés ; et a par son sang froid et son calme gardé son personnel et son matériel au cours de la retraite de l'Oise à la Vienne".

Arrivé à Limoges, dès juillet 1940, il répond à l’appel du Général de Gaulle pour mettre en place la résistance armée (futures FFC / FFI). Il mène alors une très audacieuse compagne de propagande à l’encontre du régime de Vichy. Son patriotisme et son autorité lui permirent de convaincre des officiers de poursuivre le combat et de croire en la victoire.
Sa famille le rejoint en décembre 1940, et se loge à La Gaubertie près d’Aixe-sur-Vienne qui devient le centre « stratégique » de la résistance du secteur Ouest Haute-Vienne. 

Sa fonction d’officier de l’armée, va lui permettre de circuler librement et consacrer tout son temps à l’organisation de la résistance, son supérieur, le Commandant Dominguon couvrant ses absences.

En contact avec des officiers et des amis de Limoges des réseaux de confiance naissent.
Il rassemble des groupes de volontaires à l’idée de résister dans les villages de Sereilhac, St Laurent, St Auvent, St Mathieu, Cussac, Chalus.

Il mobilise également sa famille. Son épouse Paule et leurs enfants, Régine, Eugène, Pierrot, Paul et Marcel participent activement aux missions qu'il leur confie.

En décembre 1941 il organise ses groupes de résistants du secteur ouest de Limoges et un noyau - Corps franc - de recruteurs, camoufleurs... (fort d'une quarantaine d'agents).

A Cognac le froid - St Auvent, c’est avec le concours de l’abbé Hélias qu’il organise la résistance dans ses paroisses. Du notaire au peintre en passant par le cultivateur, différentes personnes vont venir porter leur concours à des réseaux naissants.

En contact avec Rousselier, Paquette et Riviere, il va organiser l'O.R.A., sous le nom de code d'ATHOS.

L'ORA se constitue essentiellement autour d'officiers de l'armée d'armistice qui s’étaient déjà rapprochés les uns des autres fin 40 de façon plus ou moins organisée, parmi lesquels le commandant Tittremann, qui deviendra chef du secteur sud et le commandant Mutin qui, s'occupera de l'aviation.

L’ORA s’appuie sur des officiers dont les lieutenants Lène, Cunibile et le Capitaine Parouty, pour effectuer le recrutement d’anciens militaires selon leurs spécialités. Le lieutenant Texeraud mettra ainsi en contact avec le Commandant Pinte le sous-lieutenant Lagarde, qui sera chargé d’effectuer des relevés topographiques sur le département pour de futurs atterrissages et parachutages.

Début 1943, il est membre de l’Etat Major Régional 5 , commandant de secteur O.R.A. et du maquis AS d'Aixe sur Vienne.
Il assure l'organisation matérielle du secteur ouest de Limoges : camouflage d'effets, d'armes, d’explosifs, de vivres. Établissement de faux papiers, faux certificats.
Il fait de son habitation un centre de transit des résistants. Résistants de passage, parachutistes, personnes recherchées par la Gestapo, trouvent refuge à la Gaubertie.

L'équipe COPA – « Centre des Opérations de Parachutages et d’Atterrissages » de la Haute-Vienne et les courriers se rassemblent à la Gaubertie, à raison de deux à trois fois par semaine.

Il prépare le terrain de parachutage qui aura pour nom de code "VERRUE", à proximité de la Gaubertie. Plusieurs parachutages venus de Londres, contenant armes, munitions, et du matériel médical parviennent ainsi aux forces du maquis.

Plusieurs messages seront utilisés par radio Londres pour annoncer les parachutages de la Gaubertie : « Le myosotis sera toujours notre fleur préférée » et « Maria est une femme ».

La Gaubertie sert de point de relais pour les jeunes voulant entrer dans le maquis, particulièrement nombreux après l'instauration du STO. M. Moreau venait alors chaque soir à la Gaubertie chercher ces jeunes et les emmener de nuit au maquis de Cussac.

Au début de l’année 1944, le Commandant Pinte a accueilli durant plus de deux mois et à plusieurs reprises, un agent, radio-parachutiste anglais dit "Marcel", qui maintenait une liaison avec Londres chaque nuit, et avait sa chambre de chiffrement et déchiffrement à la Gaubertie.

Alors que les opérations de libération se précisent, en mars 1944, s'installe à la Gaubertie le PC du colonel de L'O.R.A. : le Colonel PAQUETTE, qui restera sur le secteur jusqu’à la libération d’Aixe et Limoges.

En mai les forces constituées s’organisent en 5 cantons et les maquisards ainsi organisés occupent et contrôlent l’Ouest de la Haute Vienne. Son corps franc est alors chargé de la protection et l’exécution des missions.

En relation avec DELAGE et ANTOINE, début juillet le Commandant Pinte constitue à Cussac un bataillon (AS) bien armé, formé et équipé.

Pour mener à bien les préparatifs de la libération du territoire, comme commandant du secteur Ouest Haute Vienne, il est en relation étroite avec RAC et FRED de la Dordogne, BERNARD de la Charente, CONSTANT, GARDES et le Délégué Militaire Régional.

Début août 1944, le Commandant Pinte met également sur pied le 2ème bataillon ORA. Ce bataillon s’appui sur le maquis de l’adjudant Fernandez stationné à Sereilhac. Il en confie le commandement au chef d’escadron de Praingy.

Le 17 août 1944, le commandant Pinte et les groupements FFI qu’il commande ont mené pendant 2 jours des combats violents contre l’occupant nazi ainsi que les miliciens qui les soutenaient et qui tentaient de s’extraire de Limoges encerclé. Cette "bataille" d'Aixe-sur-Vienne a porté un coup sévère à l’ennemi le forçant à battre en retraite, ce qui a certainement facilité la capitulation des troupes allemandes occupant Limoges, 3 jours plus tard.

Après la Bataille d’Aixe-sur- Vienne, un parachutage de 4 forteresses vint livrer des armes et munitions supplémentaires. Lors de la distribution des armes aux unités FFI, le fils du commandant Pinte, Marcel Pinte, âgé alors de 6 ans et demi, a été accidentellement tué par une rafale de mitraillette.

Très touché par la disparition de son fils le 19 août 1944, le commandant ne changea pas les plans et il poursuivit avec ses troupes l’encerclement de Limoges, sous les ordres du lieutenant colonel Guingouin, chef FFI de la Haute-Vienne.

Le 21 août au matin, eurent lieu les obsèques de Marcel Pinte, en présence des principaux chefs FFI. Le soir même, le Commandant Pinte entre dans Limoges, à la tête du 1 er de l’ORA, accompagné de son adjoint le lieutenant MATTEI. La ville fut libérée le soir même.

La libération progressive du pays se poursuivant, un nouveau parachutage eu lieu pour continuer d’équiper de nouveaux volontaires. Les bataillons furent remilitarisés à Sereilhac et partirent sur la poche de St Nazaire et la poche de Colmar. Les toiles de parachute furent alors de couleur noire, en signe de deuil à l’égard de la disparition de Marcel Pinte, le jeune fils du commandant Pinte.

En 1945, le commandant Pinte fut fait Chevalier de la Légion d’Honneur sur proposition du Lieutenant Colonel Titremann, Médaillé de la Résistance par le chef des services de la France Combattante, Cité à l’Ordre de la Brigade, avec attribution de la Croix de Guerre avec étoile de bronze, par le Colonnel Rousselier dit Rivier.

Après une vie d’engagement au service de la France sur différents théâtre d’opération (Afrique, proche Orient et Europe) usé par la guerre, le deuil et la maladie il disparait le 13 octobre 1951 à l’âge de 49 ans ici même à Aixe sur Vienne.

L'histoire que nous avons tracée dépasse le souvenir d'une famille, et après ce temps de commémoration, c'est maintenant notre assemblée ainsi qu'une commune qui en sont les dépositaires.

Nous souhaitons remercier la municipalité ainsi que toutes les personnes qui ont participé au bon déroulement de cette cérémonie.

Merci aux différentes délégations présentes et aux portes drapeaux de prendre part à cette manifestation.








Court film de FR3 sur l'histoire du commandant Pinte (Lien)