2017 - Cérémonie de la Libération de Royan : discours de Michèle Cézard

Rédigé par Alan dans la rubrique Lieu de mémoireBrigade Rac

Discours prononcé par Madame CEZARD, la fille du colonel RAC, à la commémoration de la Libération de Royan le 17 avril 2017 à la stèle de la Brigade RAC.



LA BRIGADE RAC
DES MAQUIS A L’ARMEE FRANCAISE


En ce 72 ème anniversaire de la libération de Royan, il me semble utile de rappeler ce qu'était la Brigade RAC venue du nord de la Dordogne, du sud ouest de la Haute-Vienne et sud est de la Charente.
- Comment s'était elle constituée?
- Quels étaient ses hommes?
- Quels étaient ses chefs?

Pour autant, il n'est pas utile de réécrire une nouvelle version édulcorée de notre histoire, mais simplement de reprendre des extraits d'un mémoire écrit par
Philippe Tenant de La Tour, dit Lieutenant Marie-Antoinette,
Chef du Service de Renseignement et de Liaison du Bataillon Violette.

Après la dissolution de l’Armée d’Armistice, des unités de résistance se sont constituées autour de quelques officiers et sous officiers des bataillons qui stationnaient en zone libre.

Dès 1940 des organisations de résistance se sont ainsi créées:
Combat, Libération, sont parmi les plus importantes,
Elles accepteront, de se réunir dans une organisation dite "Mouvements Unis de la Résistance" ou «M.U.R», dépendant du Conseil National de la Résistance.

Il y eut beaucoup d’autres mouvements créés pour des tâches particulières:
Un des plus célèbre fut la «Résistance Fer».
Localement, dans les villes et campagnes, touchant plus particulièrement la jeunesse:
- les «Francs Tireurs et Partisans Français» dépendant du Parti Communiste, dits F.T.P.F ou F.T.P.
- l’Armée Secrète ou A.S. et l'Organisation de la Résistance de l’Armée ou l’O.R.A.
Dans notre région du Sud-Ouest de la Haute Vienne de Dordogne Nord et d'une frange de la Charente touchant l’arrondissement de Nontron, les dirigeants de l'A.S. seront principalement des civils.
l’O.R.A. se constituera autour des cadres du bataillon du 411ème d’infanterie, à Saint Yrieix La Perche et du 26ème R.I. autour de Brantôme, restés sur place.

Jusqu'en fin 1942 il n'est pas question de maquis, mais trois événements vont bouleverser la jeunesse, surtout en zone libre et plus tard en zone occupée.

- Le premier fait suite à l’attaque de l'URSS par l'Allemagne Nazie.
Les contingents militaires allemands fondent comme neige au soleil et le commandement allemand est donc obligé de puiser dans le personnel des usines qui doivent impérativement continuer à tourner à plein régime pour l’effort de guerre.
Les Allemands ont donc proposé au gouvernement de Vichy de libérer un prisonnier contre trois puis cinq volontaires pour aller travailler en Allemagne. C’est ce qu’on a appelé «La Relève» qui fut instituée en août 1942. Mais l’enthousiasme ne fut pas à la hauteur de l’offre. Au total 135.000 volontaires seulement partiront.
- Le second, est l’occupation totale de la France le 11 novembre 1942, et donc une pression allemande de plus en plus forte. Elle fut suivie par la création, en janvier 1943, d'une force supplétive dite de soutien et défense du Maréchal,  «la Milice», qui acceptera des engagés à partir de l'âge de 16 ans! et devra aider les forces de l’ordre françaises pour pourchasser les résistants et leurs organisations.
- Enfin, le 17 février 1943 est institué le «Service Obligatoire du Travail» ou «S.T.O.». Le premier contingent touchera environ 70.000 jeunes.

Ces structures ainsi définies, revenons aux jeunes appelés au STO. Dès le début mars 1943, au premier appel, certains jeunes ne voudront pas partir en Allemagne. On les a appelé les «Réfractaires». Ce sera leur nom jusqu’au début de 1944 où, à la suite de la prolifération des maquis, on leur substituera peu à peu le nom de «Maquisards».
Vers la fin de l’été 1943 le STO va appeler trois classes, plus de 450.000 jeunes sont concernés. Les dirigeants des mouvements de résistance doivent chercher une solution pour accueillir les réfractaires. Il faudra regrouper ces jeunes dans des lieux assez déserts puis les acheminés de manière aléatoire, soit dans des maquis A.S. soit dans des maquis F.T.P., en fonction de la structure A.S. ou F.T.P. locale.
C’est alors que va intervenir, la structure Spécial Opération Service ou «S.O.E.», créée par Winston Churchill le premier juillet 1940. L’armée anglaise va entraîner dans des camps spéciaux, des cadres spécialisés et des volontaires triés sur le volet. Certains seront destinés au sabotages, d’autres pour l’instruction autour des armes individuelles et collectives, enfin des moniteurs rompus aux combats rapprochés et spécialistes des coups de mains. Y seront adjoints des opérateurs radio et leur appareil. Ainsi, des petites unités constituées des divers spécialistes, seront parachutées dans les pays sous occupation ennemie, pour frapper et désorganiser les lignes allemandes. Ils réussiront très vite à prendre contact avec les organisations des maquis, grâce aux réseaux de renseignements en place. Après avoir dispensé leurs connaissances, ils évalueront la bonne efficacité qu’aura acquise telle ou telle formation qui recevra des parachutages d'armes seulement si ces formations sont réellement aptes à combattre.

Pour la Brigade Rac, ce ne sera pas le S.O.E qui était auprès d’elle, c’est une mission américaine, la Mission Alexander, constituée du capitaine Stewart Aslop instructeur et de son radio le sergent Norman Franklin. Ils sont accompagnés du capitaine français Richard de La Touche dit Touville, envoyé par le "Bureau Central de Renseignement et d'Action" ou "BCRA" dépendant du général De Gaulle.

Les maquis prennent donc une allure de plus en plus militaire. Ils se défendront dans notre région avec assez de succès, contre les incursions allemandes ou de la Milice.
Le commandement allié, suit les progrès de l’instruction et de fiabilité de ces maquis. A l’approche du débarquement, un gros problème se pose : comment réunir dans une structure commune tous ces petits maquis dispersés. Le général de Gaulle, le 1er février 1944 va tenter encore une fois, avec succès, de fédérer dans une même structure les trois mouvements F.T.P., A.S. et O.R.A . Il crée les Forces Françaises de l’Intérieur, ou F.F.I., et va leur donner un chef prestigieux, le héros de Bir Hakeim, le général Koenig.

Dans le cadre de cette nouvelle organisation, averti de l’imminence du débarquement, Charles Serre, notaire à Brantôme, responsable de l’A.S. de Dordogne Nord a réuni le 5 juin tous les chefs des maquis A.S. de la région dans le but de les fédérer sous l’autorité d’un seul chef militaire qui soit incontesté. Il n’était que temps, pour rendre vraiment efficaces tous ces maquis dans les actions militaires prévisibles, à la suite du débarquement. Ceci a posé l’urgence d’organiser en une seule unité valable les 4.500 jeunes et moins jeunes qui formaient les maquis A.S. de cette région et leur encadrement.
Il y eut dix sept chefs présents. Parmi eux, Rodolf Cézard, dit RAC, jeune réfugié Lorrain à Thiviers et lieutenant d’active d’artillerie, fut du consentement unanime et donc nommé chef de l'ensemble des «A.S. Dordogne Nord».
Cette nouvelle A.S. est donc présentée dans son ensemble le 13 août 1944 à la population de Thiviers (petite ville du Nord de la Dordogne) sous le nom de «La Brigade Rac» avec plus de 5000 hommes répartis en 3 bataillons sous les ordres de:
- Rodolphe Cezard dit RAC, officier d'active, lieutenant colonel F.F.I.. Comandant la Brigade.
- Jean Dupuis, officier d'active, commandant le 1er Bataillon.
- Roger Vieugeot, officier d'active, commandant le 2ème Bataillon.
- René Tallet dit Violette, officier de réserve, commandant le renommé 3ème Bataillon dit Bataillon Violette.

les succès s'enchaînent alors avec les libérations de Périgueux, Angoulême, Cognac, Saintes, Marennes, Rochefort, Saujon...
Afin d'éviter des frictions inutiles, le colonel Adeline décida de donner des secteurs différents aux F.T.P. qui furent dirigés vers La Rochelle, et à l'A.S. vers Royan. La libération de Charente et Charente Maritime, fut achevée le 13 septembre jusqu’au contours du périmètre de défense allemand constitué autour de Royan et La Rochelle.

Fin septembre les F.F.I. furent incorporés comme troupes supplétives à l’Armée Française. Les éléments des unités durent signer vers le 20 octobre 1944 un engagement pour la durée de la guerre. A la suite de cette obligation, certaines unités virent fondre leurs effectifs au point de ne plus pouvoir former un régiment et furent versés dans d’autres unités, perdant leur personnalité. L’A.S. Dordogne Nord qui comptait 6.000 hommes en octobre se retrouva 3.600, mais restait le régiment F.F.I. le plus nombreux, tout au moins des régiments du Détachement d’Armée de l'Atlantique.
Le 30 novembre, certaines unités F.F.I. furent autorisées à reconstituer des régiments de l’Armée Française.
Le 1er décembre l’AS Dordogne Nord qui avait pris officiellement en septembre le nom de Brigade RAC, était autorisé à reconstituer le 50ème régiment d’infanterie de Périgueux.
C’était le plus nombreux, le mieux armé, il avait une artillerie de 26 canons, tous les services y compris un journal, une aumônerie et une musique de 100 exécutants.
Pour la petite histoire, ce régiment fut créé le 28 février 1651, il y a près de 4 siècles, par le Duc César de Vendôme à la demande du Roi Louis XIV.

Ainsi, Les unités F.F.I., issues des maquis qui ont continué la lutte jusqu’à la victoire, furent accueillies dans le grand défilé de la victoire à Paris le 18 juin 1945. Deux musiques ouvrirent le défilé sur les Champs Elysées, l’une à droite et l’autre à gauche, marchant sur le même front, et jouant alternativement: celle de la deuxième D.B., pour les unités venues d’Angleterre ou d’Afrique du nord, et celle de Dordogne Nord - 50ème R.I. - pour les troupes issues des Forces Françaises de l’Intérieur. Beau point d’orgue, et belle reconnaissance pour ces jeunes gars qui, pour certains depuis fin 1942, ont d’abord refusé de servir l’Allemagne, puis se sont préparés pour porter à l’occupant les coups désorganisant leurs services, retardant les renforts vers le front de Normandie, mais surtout aidant ainsi les troupes débarquées à s’accrocher victorieusement sur les rivages conquis, et d’autre part participer les armes à la main soit avec la première Armée de de Lattre sur le front de l’est, soit sur les poches de l’Atlantique de Brest à Royan et la Pointe de Grave sous le commandement du général de Larminat.


Deux gerbes à la stèle de la brigade RAC 
Les trois bouquets bleu (R), blanc (A) et rouge (C) déposés par les arrières-petits-enfants 
du Col RAC, Camille, Mila et Théo