L’affaire de Javerlhac

Rédigé par Alain dans la rubrique Brigade Rac, Combat

Partie en pleine nuit d’Angoulême, une colonne d’Allemands et de miliciens, forte de quatre cents hommes avec automitrailleuses et artillerie légère, arrive le 24 juillet au petit matin (par la C. D. 4) devant le barrage établi à Varaignes. C’est le type de colonne qui se veut punitive. Pleine d’illusions, elle compte bien arriver à Nontron dans la journée... elle déchantera.

Extrait du journal de marche de la 2ième Compagnie (Manu) :

Le 24 juillet au matin, l’attaque se déclenche soudain avec violence. Des unités de l’armée allemande et de la Milice, bien renseignées et évaluées à quatre cents hommes, surgissent par les routes de Biée et d’Angoulême, fonçant sur notre barrage. Il est 7 h 15, les premiers coups de feu sont échangés entre les miliciens et la sentinelle avancée, H. Dugas, qui abat le capitaine de la Milice et plusieurs hommes. Dans une lutte inégale mais héroïque, il tombe frappé à mort, et rien ne sépare plus les assaillants de la ligne établie.

Rassemblés pour le jus, les hommes ont eu le temps de prendre leurs armes et d’organiser la défense. L’opacité du brouillard et le F.M. qui commence à crépiter freinent sérieusement l’avance de l’adversaire qui cherche à nous contourner en longeant le Bandiat. Le téléphone coupé par nous, un premier repli est effectué à 200 m en arrière du barrage. Déjà deux de nos camarades, Delaret et Lapeyronnie sont aux mains des miliciens et fusillés sur‑le‑champ.

Mais voici qu’arrivent deux de nos groupes, l’un de La Chapelle‑Saint‑Robert, l’autre de La Victoire, ce qui porte notre effectif à trente. Malgré l’écrasante supériorité de l’adversaire, la 2e Compagnie ne recule que pied à pied. Vaillamment, le chef Manu garde le contact et assure la retraite de ses hommes. Ruais grièvement blessé est pris par les miliciens et lâchement fusillé peu après au château des Forges. Venant de demander du renfort, P. Fauconnet, dit Flin, tombé avec sa voiture entre les mains de l’ennemi est aussitôt passé par les armes à la gare de Varaignes. Il est 9 h et l’on se bat encore au Grand‑Moulin, à 600 m seulement du barrage.

Voici enfin les premiers renforts ‑ des S.S.S. ‑ qui s’installent au passage à niveau des Forges. Le regroupement s’opère mais l’ennemi accentue sa pression au moyen d’automitrailleuses et d’artillerie légère, prenant à partie le village du Cousset. Le combat se déroule, coupé par de rares accalmies jusqu’à 14 h. Supérieurs en nombre, et surtout en matériel, les Allemands nous contraignent à la retraite. Dans un sursaut d’énergie, une dernière ligne de résistance est établie à Forgeneuve. Le F. M. du sergent Vinet fait le vide dans les rangs de l’assaillant. A. Magnan, dit Balo, est alors blessé à l’omoplate.

Voulant à tout prix atteindre Nontron avant la nuit, l’ennemi s’acharne et nous refoule jusqu’aux abords de Javerlhac. La partie semble perdue mais l’arrivée soudaine d’importants renforts renverse la situation. Inquiétés sur leur flanc droit par une arbalète du GM 1 et se croyant coupés, miliciens et Allemands rebroussent chemin.

Il est 16 h, en repassant la Milice fait sauter nos deux camions restés au barrage et incendie notre cantonnement. Piètre vengeance à côté de leurs soixante morts et blessés.

Le soir même, le barrage est réoccupé par les F. F. I., tandis que la 2ième Compagnie regroupée rend les honneurs funèbres à ses cinq héros.

Il est certain que sans les S.S.S. de Jacques, les effectifs de Manu, que l’on peut évaluer à trente combattants (dont six seront tués), ne sont pas suffisants pour endiguer l’attaque.

Heureusement, que le château de Puycharneau n’est guère qu’à 19 km et que Jacques est prévenu presque immé­diatement...

Seconde version décrite dans l'ouvrage de Marc Leproux : « Nous, les terroristes » :

Lundi 24 juillet à 7 h 15 :

Rageusement la sonnerie du téléphone retentit. Jacques s’empare rapidement de l’écouteur et tout de suite sa figure prend son expression dure des mauvais jours. En effet, une colonne d’au moins quatre cents Allemands et miliciens marche sur la ville de Nontron, libérée par les maquisards depuis quelques semaines. Le capitaine Dupuy, commandant le 1er Bataillon de Dordogne‑Nord, signale à l’autre bout du fil que Marthon a été dépassé et le barrage du Grand‑Moulin de Varaignes attaqué.

Jacques, la figure sombre, passe dans les chambres réveiller son monde et en quelques mots donne ses ordres pour que chacun se tienne prêt :
- Vite debout, Antoine ! Il y a alerte, les boches sont signalés à Varaignes !

J’ai vite fait de m’habiller et, encore mal réveillé, je retrouve dans la cour tout le monde en tenue de campagne. Déjà les deux diesels ronflent et tournent autour de la pelouse comme pour se mettre en train.

Pour le moment nous sommes seulement alertés, ce qui nous déçoit un peu ; mais nous devons nous attendre à partir d’un moment à l’autre et chacun donne son avis :
- Encore une alerte à la c...
- Si c’est pour ça qu’on nous a réveillés...
- Moi, ça me tue le germe...

Là‑haut, dans le bureau, la sonnerie du téléphone retentit de nouveau ; soudain Jacques apparaît à la fenêtre et crie : Embarquez !...

II est tout juste 7 h 30. Une trentaine de S.S.S. désignés, auxquels se joignent les six Américains qui veulent participer au « sport », se ruent vers les voitures comme une bande de pirates. Un ordre bref :
- Antoine, vous ferez la route par le chemin le plus court direction Varaignes. (Il y a 15 kilomètres environ.)

Et sous le soleil qui monte au levant nous démarrons au milieu des « braillantes sans nom » et sous le regard désap­pointé de ceux qui restent.

Nous partons sous une avalanche de « merde » retentissants. Le beau temps aidant, tout le monde est surexcité : on chante des chansons patriotiques, on rit, on blague. Cette exaltation n’est cependant pas une vaine fanfaronnade, car les nouvelles sont loin d’être bonnes : mais nos types sont gonflés à bloc et puis... quel idéal les anime!...

Les camions filent à toute allure. Jacques fait dire à Antoine de ralentir mais Jean Dick continue à appuyer sur le champi­gnon. Nous traversons quelques villages un peu étonnés et troublés par ces énergumènes. Déjà, sur la droite, Varaignes apparaît tapi dans sa vallée. Soudain devant nous un civil nous fait signe d’arrêter. C’est un monsieur bien habillé, rosette de la Légion d’honneur au revers :  
- N’allez pas plus loin. Faites attention, les boches sont au Grand‑Moulin.

Jacques remercie cet aimable informateur et ajoute : Cela n’a pas d’importance.

C’est donc vrai, cette fois nous allons les voir !. Nous repartons, Jean Dick conduit cette fois comme un fou ; les bois sont dépassés, une descente est amorcée ; voici la route Nontron‑Angoulême, derrière la voie ferrée et la maisonnette du passage à niveau, à quelques mètres du barrage.
Nous arrivons en trombe sur une personne qui gesticule sur la voie pour nous arrêter. C’est la garde‑barrière qui nous crie : Arrêtez‑vous ! Arrêtez ! Vous allez tous vous faire tuer, les Allemands viennent de passer montés sur deux véhicules dont un blindé. Ils ont parcouru cinq ou six cents mètres en direction de Javerlhac et viennent de repasser, à l’instant.

Le barrage est donc forcé.

Les camions franchissent le passage à niveau et s’arrêtent. Le chef Jacques attrape vertement Antoine pour s’être engagé à toute allure sur une route qui risquait d’être battue par l’ennemi. Vous m’avez dit d’aller vite et par le plus court chemin

Mais la discussion est interrompue par des coups de feu qui partent du moulin et qui semblent donner raison au Chef, car 300 mètres de plus et les voitures étaient hachées par les mitrailleuses ennemies. Un ordre bref : Tout le monde en bas, dans les fossés, vite...

En un clin d’œil tous sont à terre et les camions tournés se replient à l’arrière. Le barrage est à moins de 1 500 mètres. Sur la route blanche qui va à La Chapelle‑Saint‑Robert, couchés derrière les platanes ou abrités par le parapet du pont sur le Bandiat, nous observons d’où partent les coups de façon à ne pas tirer sur les rescapés du groupe Manu, qui, après avoir défendu le terrain pied à pied, se replient faute de munitions.

Premier accrochage :

Jacques prend immédiatement la direction du combat et met en place un système défensif. Marc avec quelques élé­ments, se porte en bordure de la voie. Antoine et Robert le Gendarme, avec un autre groupe, prennent position sur la route, c’est‑à‑dire au centre du dispositif.

Jacques avec le reste de la troupe franchira le Bandiat pour se porter sur la rive opposée. Chacun des groupes dispose d’un F. M. Celui du centre, avec le Tatoué, dispose en plus d’un « Piat » (genre de bazooka).

Le drapeau de la S.S.S. (collection de la famille Duruisseau)
Boby avec son F. M. en batterie est abrité par le parapet du pont. Le long du talus les hommes sont plaqués au sol. Le Tatoué en bordure de la route, veille avec son « Piat » camouflé derrière un châtaignier. Henri avec son F. M. prend la route en enfilade. Bientôt quelques coups de feu espacés hachent les branches qui viennent claquer contre le parapet. Une mitrailleuse lourde lâche quelques rafales. Cette fois cela s’annonce sérieux. Tout à coup Boby, désignant une soixantaine d’hommes qui courent dans la prairie, hurle : Les voilà ! ‑ Ne tire pas encore ; ce sont peut‑être des types du groupe Manu ! lui répond Antoine.

Faute de jumelles, on ne distingue rien à cette distance. Ils sont en bleu marine. Certains croient même voir un brassard tricolore. Une violente rafale nous enlève nos derniers doutes. Jacques Ordonne : Feu !, une rafale de Boby en culbute plusieurs. Les autres regagnent précipitamment la route et le fossé. Antoine, rage d’impuissance avec sa malheureuse mitraillette qu’il échange bien vite contre le fusil de Baron, pourvoyeur au F. M. de Boby. A son tour il tire et chacun bientôt y va de son coup de feu. A droite le groupe de Robert le Gendarme a recueilli, désem­paré, un homme du groupe Manu. Ailleurs, le Tatoué et son « Piat » violemment pris à partie sont obligés de se replier à travers champs, c’est au tour du gendarme de déguster.

Tiens, voilà du nouveau... : une auto‑mitrailleuse débouche sous le couvert des arbres, balaye la route et nous canarde sérieusement. Les boches invisibles tirent toujours; quant à nous, ne voyant plus rien, nous attendons.

Une rafale bien ajustée vient écorner le parapet du pont à 30 cm au‑dessus de la tête de Boby. Les mortiers entrent en action et appuient boches et miliciens dont nous devinons la manœuvre d’encerclement.

Premier repli :

La prolongation de la résistance en cet endroit avec une poignée d’hommes s’avère impossible. Les S.S.S. ont tenu jusqu’à l’extrême limite en soldats qui savent ce que compte chaque minute en pareille circonstance. Chacun se demande pourquoi les renforts ne sont pas déjà là et ce qu’ils « foutent » à Nontron et à Saint‑Estèphe ? Devant cette carence, Jacques crie à un agent de liaison d’aller chercher le reste de sa troupe à Puycharnaud : Tous les hommes, y compris les cuisiniers et les malades !

En attendant, Jacques ramène ses hommes sur une ligne de repli plus solide. Henri reçoit l’ordre de tenir le pont coûte que coûte pendant que le groupe Marc se défile le long de la ligne du chemin de fer et qu’Antoine et Robert le Gendarme se « replient sur la rive gauche du Bandiat pour y prendre une position favorable ». Pliés en deux, rampant dans la poussière, les hommes quittent le pont. Lorsqu’à mon tour, dit Antoine, je quitte l’abri du parapet je ne me sens pas fier avec ces mouches qui bourdonnent et qui pourraient bien se prendre d’amitié pour moi. Nous dégringolons dans la prairie et bondissons à travers le pré, faisant une courte pose derrière un tas de bois. C’est haletants et essoufflés que nous atteignons le bord de la rivière.

Antoine entre dans l’eau à la recherche d’un gué : L’eau m’arrive au genou ; je passe le Bandiat. M... ! je suis encore canardé... Je repasse plus loin sur la rive droite. A cent mètres derrière, les rafales continuent ; quelques coups de canons aussi mettent leur note profonde sur les crépitements secs des armes automatiques.

Sur l’autre rive, Jacques m’appelle. Il y a au moins deux mètres d’eau; je longe toujours le Bandiat dans l’espoir de trouver un endroit favorable. Je traverserais bien, mais mes zèbres ne savent pas nager. De l’autre côté, Jacques est « mauvais » .

Une demie‑heure passe; le calme persiste. L’adversaire hésite. Trompé sur leur nombre par la bonne contenance des S.S.S. il n’ose reprendre le contact.
Pendant ce temps, à Puycharnaud, les hommes qui s’énervaient dans l’attente ont salué l’ordre de rejoindre par des cris de joie. Blaireau a presque de la peine à maîtriser sa troupe et, quand le convoi s’ébranle, le Grand Puy entonne un « La République nous appelle » vite repris en chœur. Le bruit des mortiers qui tonnent, des mitrailleuses et même des F.M. qui crépitent parvient distinctement. La fête est belle et il y aura du monde ! hurle Dudule. Tous trouvent que le camion ne va pas assez vite, bien que plusieurs virages soient pris sur les chapeaux de roues dans la descente de Javerlhac traversé au chant de la Marseillaise. Tous les habitants tiennent à saluer ces braves petits gars qui vont se faire casser la figure. II y a des gens sur la place, aux fenêtres, sur les portes, tout au long de la route ; et tout ce monde leur crie : On compte sur vous !

On y compte si bien que personne ne songe à fuir ; et pourtant le souvenir horrible d’Oradour‑sur‑Glane est encore tout frais dans les mémoires.

A la sortie de Javerlhac, un homme du groupe Manu, halluciné par la vision de ses camarades fusillés, se replie avec son F.M. ayant épuisé ses dernières cartouches. Il semble avoir perdu l’usage de la parole et ne peut répondre aux questions des S.S.S. Ceux‑ci le déchargent de son F.M. qu’il est incapable d’utiliser et qui sera un précieux appoint à leur armement.

Arrivée du renfort :

Blaireau en tête du renfort approche des positions avancées. La fusillade ralentie pendant un moment, éclate plus vive et plus nourrie ; le canon de 20 par instants couvre de sa grosse voix le bruit des autres armes. Le renfort se divise alors en deux colonnes, une longeant la voie, l’autre le Bandiat. Dès que Jacques les aperçoit :

Vite un F. M. et cinq hommes avec moi. Henri est encerclé; il faut le sortir de là !


Carte de la bataille de Javerlhac
Jean le Cuistot, les deux Delage, Bibendum, le Pompier et Gauvin emboîtent le pas à leur chef. Chemin faisant, Jean le Cuistot s’enquiert : Sont‑ils nombreux ? ‑ Tu n’entends pas ? Ça ne fait rien, il faut les arrêter quand même ! lui répond Jacques.

Il s’agit de traverser le Bandiat pour se rapprocher d’Henri. Jacques donne l’exemple ; tous le suivent : de l’eau jusqu’à la ceinture, ils gagnent l’autre rive où ils prennent position sur une butte tandis que quelques hommes partent en recon­naissance pour voir ce qu’il est advenu d’Henri et de son F.M.

Pendant ce temps, celui‑ci, resté à son poste, avait continué à interdire le passage aux boches en faisant mordre la poussière à pas mal d’entre eux. Cependant, ils avaient réussi à con­tourner la position et Henri, se voyant sur le point d’être encerclé, avait dépêché un coureur auprès de Jacques pour lui faire connaître la situation. Le cercle s’étant refermé, le coureur n’avait pu rejoindre Henri et lui annoncer l’arrivée du secours. Complètement isolés, ne voulant pas se laisser faire prisonniers avec leur précieux F.M., Henri et son pourvoyeur tentent un repli à travers bois. Et c’est ainsi que Jacques et sa patrouille virent arriver, essoufflés, les deux hommes, qui par miracle avaient réussi à s’évader de l’étreinte allemande.

Jacques, avec ses hommes, profite d’une circonstance favo­rable pour revenir sur les positions précédentes. Avec une trentaine d’hommes, il tient les hauteurs sur la gauche du Bandiat, tandis que le reste de la troupe s’organise sur la rive droite entre la rivière et une série de hauteurs beaucoup moins élevées et plus difficiles à tenir que celles de l’autre rive. Antoine avec une dizaine d’hommes (dont Pierrot Chabasse) est à cheval sur la route et la ligne de chemin de fer. Il est appuyé par Marc le Tatoué qui avec son Piat guette toujours l’auto­mitrailleuse. Le Bouc installe son F.M. sur une hauteur d’où il prend la route en enfilade. Blottis avec quelques hommes du groupe Roy dans les genêts et les buissons, ils attendent l’occa­sion d’ouvrir le feu. Robert le Gendarme et ses hommes sont sur l’autre versant, à l’extrémité du dispositif ; quelques hom­mes ont pris position dans un petit bois à flanc de coteau.
C’est sur ce point que la fusillade qui s’était ralentie depuis un moment éclate de nouveau, soutenue et nourrie.

Nouvelle attaque ennemie :

Quelques balles recommencent à siffler près de la route où nous sommes. Une moto arrive de l’arrière : c’est Emile qui fait la liaison : « Alors quoi de neuf, mon petit Antoine ? Rien, ça gaze, on attend... »

Il est gonflé, ce bougre d’Emile, de se balader ainsi sur la route. Le Bouc tire par moments. A notre droite éclate encore la fusillade. Nouveau repli de quelque 40 mètres en arrière. Le Bouc et son F. M. se retirent les derniers, appuyant la retraite, pendant que le gros de la troupe prend place sur une crête. Nous tenons cette fois deux ponceaux : celui de la route et celui de la voie. A droite Robert le Gendarme et son groupe, planqués derrière des gerbes et des haies, attendent aussi. A notre gauche quelques coups de feu isolés. Bientôt c’est le silence complet. En face ces messieurs se tâtent. Bon Dieu, qu’il fait chaud... !

Les maquisards viennent de manœuvrer en retraite sur une distance d’environ 2 kilomètres en combattant quatre heures consécutives. La situation n’est pas belle : pourtant elle n’est pas catastrophique. L’arrivée d’un renfort pourrait permettre de reprendre l’initiative. La liaison avec Jacques est rompue et les forces maquisardes combattent isolément en deux groupes. Néanmoins, des deux côtés, sur leurs nouvelles positions les hommes se préparent. Une volonté farouche les anime malgré la vaine promesse d’un renfort qui n’arrive jamais. Ils savent que, si les boches réussissent à passer, ils assouviront leur furie sur les civils et les villages de la zone libre...

Accalmie relative :

10 heures :

Des hauteurs qu’il occupe Jacques observe le champ de bataille. Un silence impressionnant et qui n’annonce rien de bon plane maintenant sur le lieu du combat.Une violente odeur de poudre atteste la quantité considérable de munitions dépensées par les boches qui « font la guerre en grands seigneurs ».

- Certainement qu’ils combinent un sale coup, murmure quelqu’un.

- Oui, répond Jacques, et je crois que nous ferons bien de ne pas rester là comme des aveugles à les attendre.

Joignant les actes aux paroles, il désigne deux patrouilles qui avanceront le plus possible pour se rendre compte de ce que les boches préparent.

La première s’engage dans l’intérieur des terres, sur le coteau. Jean le Cuistot et François sont accompagnés par un civil qui leur servira de guide. Il est d’origine polonaise ; tout de suite il demande une arme ; méfiant François la lui refuse ; mais il ne tardera pas à s’apercevoir que c’est « un type rudement gonflé » (quelques jours plus tard, il sera du reste admis dans les S.S.S. ; il s’agit de Potazuck [Le Polak]).

La deuxième patrouille avec Dédé Delage, Baron, Bibendum et Boby a reçu l’ordre de progresser de butte en butte jusqu’à ce qu’elle prenne contact avec l’ennemi. Dédé Delage marche en éclaireur jusqu’au petit village de la Ménardie qui domine toute la vallée du Bandiat. Là, Boby et Baron se mettent aussitôt en devoir de construire avec des pierres un emplacement pour leur F.M. pendant que Bibendum les couvre sur leur gauche et que Dédé Delage pousse en avant pour repérer l’adversaire.

Profitant des cheminements et du moindre couvert, celui-ci s’éloigne de plus de 800 mètres du F.M. qui ne peut plus le protéger ; il « se sent terriblement seul » ; mais poursuit néanmoins sa route et se trouve à la lisière d’un bois ; devant lui un champ de « topines » et de l’autre le pont, sans doute occupé par les boches. Il avance encore, dissimulé par les rangées de topinambours ; de temps en temps il s’arrête et écoute... il entend le bruissement du vent à travers les feuilles et surtout... les battements de son cœur.

A un moment donné, il distingue des voix gutturales allemandes et des commandements français et comme bruit de fond le ronronnement de camions qui s’approchent, au ralenti. Dédé Delage avance encore ; deux rangs de feuillage le séparent seulement de l’orée du champ et lui cachent la vue. Il les écarte, une rafale tirée à moins de 50 mètres arrache les feuilles au‑dessus de sa tête et le plaque au sol. André a eu chaud, mais cette fois il « sait » et il se replie précautionneusement pour ne pas agiter les sommets des tiges qui décèleraient sa présence ; avec des ruses de Sioux il atteint enfin la Ménardie où ses trois camarades fort inquiets sur son sort sont aussi heureux de le revoir que d’accueillir les renseignements qu’il apporte.

Pour parer au danger qui se fait plus pressant, Baron et Boby restent avec leur F.M. au poste qu’ils ont aménagé ; Jean le Cuistot et le grand Robert placent le leur derrière un mur parallèle à la route ; Gauvin et François s’installent à côté d’eux. Bibendum reste à son poste de surveillance et Dédé Delage assure la protection sur la droite des F.M. derrière une muraille clôturant un pré qui descend en direction du Bandiat. Les positions prises, chacun se sent plus rassuré. Maintenant « on peut les voir venir... ».

Sur l’autre rive, Antoine est accroupi derrière le garde‑fou métallique près du ballast. La ligne est droite sur 200 mètres environ ; à gauche la route en contrebas, et quelques hommes dans les fossés dont Marc, Jackye, Roy, Pierrot Chabasse avec son mousqueton bulgare ; à droite, de l’autre côté du remblai, une petite vallée : pour l’instant tout est tranquille. Robert le Gendarme avec le reste de la troupe tient le coteau. La liaison avec ce groupe reste assurée.

Très loin devant nous, par instant, des groupes d’hommes défilent : amis ou ennemis ? sans jumelle on ne peut préciser. Laissons‑les approcher. Le père Roy, quelques mètres derrière moi, est tapi contre les rails, le mousqueton prêt à faire feu.

« Ils » approchent prudemment, les salauds ; ils n’ont pas l’air très combatifs. Nous entendons des éclats de voix, des « gueulantes » en allemand et français (des miliciens) puis un bruit de moteur dont le ronflement grandit. 

Tiens, tiens, qu’est‑ce qu’ils « foutent » ceux‑là sur la voie ? Une dizaine d’hommes en bleu marine approche prudemment le long de la ligne. Je fais signe au père Roy : il a vu aussi. « Laissons‑les approcher encore... »

Clac ! un coup de mousqueton du père Roy m’assourdit l’oreille droite. Je vise mon bonhomme soigneusement et pan !... il culbute la tête la première sur le gravier du chemin de ronde; je vise maintenant le groupe qui s’avance : un deuxième tombe et s’agite à terre comme un hanneton. Quelques silhouettes se faufilent à droite du remblai; le père Roy les oblige à se planquer.

Je tire toujours, mais mon tir est imprécis et je ne peux pas en savoir le résultat. Maintenant, la voie est déserte; de temps en temps une silhouette furtive se glisse derrière une haie et disparaît.

A droite la fusillade reprend de plus belle; des rafales partent de l’autre côté du remblai, juste à ma hauteur. J’hésite un bon moment avant de lancer une grenade. Ce sont peut‑être des copains, embusqués dans le creux de la vallée. Le tir est toujours violent, le crépitement aigre des mitraillettes domine le concert. Tant pis : je me mets debout et vlan... ! la grenade décrit une longue parabole et disparaît de l’autre côté du remblai. Deux secondes se passent et une violente explosion arrête, d’un coup, la fusillade.

Devant, maintenant, personne à l’horizon ; sur la route, à ma gauche, un ronflement indique l’approche de l’auto‑mitrailleuse. Le pont où je suis semble être la cible en vogue. Ils tirent trop haut heureusement : les fils télégraphiques tombent, tranchés net, des balles font ricocher les cailloux du ballast, les feuilles des arbres voisins sont lacérées et d’en bas, sur la route, la voix de Pierrot Chabasse crie : « Attention ! voilà l’auto‑mitrailleuse qui avance !... » Son mousqueton bulgare claque sec.

Nouvelle tentative de percée :

12 heures :

Une accalmie relative prélude à un nouvel assaut. Chaque combattant serre nerveusement son arme en scrutant le terrain.Tous sont là, tapis dans les moindres replis du sol. Malgré leur expression mâle, les visages reflètent le petit serrement du cœur et l’angoisse qui étreint chacun. Anxieux, il attendent sur ce petit coin paisible de Dordogne où plane un silence de mort.

Le tir de harcèlement qui reprend ne tarde pas à déceler que l’ennemi entend porter son effort sur sa gauche, vers le groupe Antoine‑Robert le Gendarme où le terrain se prête moins facilement à la défense. Ceux qui sont sur la crête aperçoivent bientôt des miliciens encadrés d’Allemands circuler en fouillant taillis et bosquets. Un coup de feu avertit ceux de la vallée que l’ennemi tente sa percée de leur côté.

En quelques secondes les armes automatiques et individuelles se remettent à cracher. Les nôtres défendent le pont à tout prix l’ennemi veut s’en emparer. On ne se distingue plus dans la fumée. Les éclatements assourdissent attaquants et attaqués qui se fusillent à bout portant.

Après cet assaut, un silence angoissant plane à nouveau sur la vallée. Ceux du coteau, inquiets, ne peuvent rien voir ; craignant que le pont ne soit tombé entre les mains de l’ennemi, Robert le Gendarme poste deux hommes avec un F.M. au sommet d’une côte pour protéger son repli.

Sur le pont seul à présent, écrit Antoine, j’essaie de percer le rideau d’arbres qui me cache la route : dans une éclaircie de feuillage je découvre, à une vingtaine de mètres, l’engin qui canarde tour à tour la route et la voie. De l’endroit où était Pierrot il y a un instant une rafale de mitraillette se fait entendre. Interloqué, j’écoute : rien ... Je commence à ne plus être très fier ‑ « Qui est là ? ... » Personne ne répond. Pas très rassuré je me retire à mon tour quand une volée de balles balaye l’endroit que je viens de quitter.

Dans la ferme, les gens ne sont pas rassurés du tout, et derrière nous sont les premières maisons de Javerlhac. Que faire ? ... résister encore dans les maisons ? ... C’est exposer les gens aux représailles terribles des boches. D’ailleurs, Jacques a recommandé de ne pas se battre dans les agglomérations. Bébert est déjà parti; avec le Bouc nous empruntons un chemin creux.Je suis tellement « crevé », j’ai faim, j’ai soif, j’ai chaud. Mes chaussures mouillées, envahies par le sable du chemin, m’irritent diablement les pieds.

Je suis furieux et vexé de partir ainsi. Le Bouc se traîne péniblement. Il a perdu son pourvoyeur et porte son arme inutile pour l’instant. Le chemin est interminable. Je pense avec amertume à notre infériorité.

Pour terminer la fête, un mouchard nous survole maintenant ; il passe bas, peut-être 50 mètres ; de rage je lui lâche un coup de fusil.

A son tour, Robert le Gendarme, ses hommes regroupés, traverse le barrage de feu ; les autres suivent à intervalles irréguliers. A peine arrivé au sommet du talus, dominant la voie ferrée et la route il aperçoit trois hommes à une vingtaine de mètres plus bas : Eh ! les gars avez‑vous décroché ?

Les trois hommes ne répondent pas. Ce sont des miliciens ! crie Marcou.

Ceux de l’autre rive se rendent compte qu’Antoine et Robert le Gendarme sont, avec leurs hommes, en sérieuse difficulté. Jean le Cuistot décèle une mitrailleuse qui les harcèle sur la voie ferrée. Tu la vois ? dit‑il à son voisin le grand Robert. ‑ Non. ‑ Eh bien, regarde où je tire. ‑ Fais pas le couillon, tu vas nous faire repérer ! ‑ Nous ne pouvons tout de même pas laisser démolir les copains comme ça! ...

En effet, la crête de la Ménardie n’a pas encore été mitraillée; tout l’effort des Allemands s’est porté sur leur gauche. Pourtant Jean le Cuistot ponctue sa dernière réponse d’un coup de F. M. suivi d’une courte rafale qui réduit la mitrailleuse au silence. ‑ Tu as vu ?  dit‑il à Robert. ‑ Un de moins ! répond celui‑ci tout heureux.

La bagarre se poursuit toujours aussi intense. Depuis plus d’une demi‑heure les armes crachent et brûlent aux mains. François tire sans arrêt. La Ménardie subit à ce moment le feu violent de deux canons de 20 et de quatre mitrailleuses. Le marronnier lâche sur Jean le Cuistot et le grand Robert des branches grosses comme le pouce.Une véritable pluie de feuilles assure leur camouflage. Boby voit les pierres de son abri, si soigneusement édifié, s’en aller une à une sous la mitraille. Le crépi du mur de la ferme voltige en poussière. Trop haut ! crie Jean le Cuistot qui, lui, fait mouche !

De minute en minute la Ménardie devient intenable. Ah! si chaque homme avait son Bren ! Pour ne pas être encerclée la petite troupe doit se replier elle aussi, satisfaite cependant d’avoir stoppé le convoi. Au coup de sifflet le repli, s’effectue en ordre. Cent mètres plus loin, c’est la rencontre avec Blaireau. Les voilà seize maintenant ; il n’en faut pas davantage pour leur remettre l’esprit à la blague, d’autant plus que Jacques est en arrière avec un F.M.

Personne ne sent plus le poids de l’effort qu’il fournit depuis le matin, ni le criaillement de son estomac qui crie famine.

Dernier recul :

15 heures :

Malgré toutes les raisons qu’il cherche à se donner, Jacques enrage de ne pouvoir rien faire pour encercler les ennemis. Avant d’abandonner la partie, il se raccroche à un dernier espoir. Trois volontaires sont expédiés à La Chapelle-Saint‑Robert chercher du secours. La mission est périlleuse ; les risques de tomber sur les boches sont grands. Blaireau, Dédé Delage et le grand Pierrot partent immédiatement par le plus court chemin. Ils rencontrent deux hommes du pays armés de fusils de chasse qui déclarent que les boches occupent maintenant La Chapelle‑Saint‑Robert.

Prudemment, nos cinq hommes pénètrent dans le bourg. Un habitant leur assure que les boches, non seulement n’occupent pas le village, mais en sont à 200 mètres. Le maire, un fusil à la main, survient à son tour.

Antoine et sa troupe sont déjà à Javerlhac qui est désert ; personne dans les rues. Sur la route principale nous retrouvons quelques camarades qui, isolés, ne savent où aller. Que sont devenus les copains ? Derrière nous les rafales se succèdent, ponctuées de coups de canons et d’éclatements de mortiers. Devant, un blessé avec une balle dans l’épaule.

La soif nous dévore. Devant une maison une brave femme nous distribue des biscuits et des petits‑beurre. Elle nous offre du vin, un vin clairet appétissant et fruité. Mais il faut partir : « Ah! mes braves petits gars, faites attention! » Javerlhac va‑t‑il être abandonné ? Je suis complètement assommé, écrit Antoine. Il fait une chaleur terrible et pas un souffle de vent. Nous mangeons du pain et du fromage que nous apportent des gens. Dans la vallée les coups de feu se sont tus, des rafales éloignées et sans suite résonnent encore de temps à autre.

Retour offensif :

17 heures :

Une fois de plus, le petit paquet d’hommes se prépare à se porter à la rencontre de l’ennemi. Des patrouilles sont poussées à nouveau dans la direction de Javerlhac. Le Chef prend la tête de l’une d’elles et, suivi de Bidendum, Pivois, et Ministre, avance dans Javerlhac qui pourrait avoir été occupé. Ils arrivent résolument sur la place, le pont lui-même est rapidement franchi. Une vieille femme qui est restée seule, barricadée dans sa maison, montre son nez et dit que les boches ne se sont pas aventurés dans ce coin. Sur la place quelques habitants prétendent même que l’ennemi se retire sur Angoulême et font fête à leurs défenseurs ; c’est à qui leur apportera un petit quelque chose qui puisse les réconforter. La joie renaît aussi chez les hommes. Avec une vingtaine d’hommes Jacques part en direction du barrage du Grand‑Moulin. Prudemment, les S.S.S. longent les fossés. Les deux dernières maisons de Javerlhac ont été pillées, preuve que les boches sont venus jusque‑là. Devant eux le silence qui pèse sur la campagne leur fait se demander si les Allemands sont bien partis ou s’ils font seulement semblant.

L’avance est poursuivie ; partout on suit à la trace l’ennemi en retraite.


Compagnie de S.S.S à Puycharnaud
Là des boîtes de conserve et du pain attestant que le ravitaillement a été meilleur que chez les S.S.S. ; plus loin, des pansements imprégnés de sang font dire au capitaine Jacques qu’ici il y en a qui ont dû « comprendre leur douleur ». Ailleurs, ce sont des douilles vides et des munitions ; leur amoncellement témoigne du sérieux de la lutte ; les hommes s’arrachent tous ces débris en guise de souvenirs. L’équipe de la Ménardie retrouve avec une joie doublée d’une légitime fierté l’emplacement marqué par des débris de bois et de verre où elle a stoppé les camions que les Allemands ont pu malheureusement remorquer [L’ouvrage de M. Leproux est excellent. Il sait admirablement reproduire l’atmosphère du combat. Avec lui le lecteur n’en perd aucun épisode, entend les cris des combattants et sent même l’odeur de la poudre. Cependant, à ne se baser que sur les récits de ceux qui sont aux premières loges, on peut commettre certaines erreurs. Ainsi, dans le récit du combat de Javerlhac, où les S.S.S., le 24 juillet 1944, ont été formidables, il juge sévèrement un certain capitaine dont il ne donne pas le nom.
Ce capitaine c’est Dupuy, commandant du 1er Bataillon, qui a donc Jacques sous ses ordres directs.Leproux reproche à cet officier de s’être présenté sur les lieux du combat dans une tenue « impeccable », d’avoir promis à Jacques l’appui de centaines de combattants puis d’être reparti sur Nontron.
Quel plus bel éloge de ce chef ?.Dupuy n’a commis aucune faute, bien au contraire. Le matin, apprenant l’attaque, il part immédiatement, prenant la route, il entend le sifflement des balles et voit Jacques. Que doit‑il faire ?
Évidemment pas lui faire connaître ses difficultés , celles qu’il va avoir à réunir les renforts annoncés et surtout à les acheminer. Ils sont éparpillés sur 30 ou 40 kilomètres par petits groupes, presque sans moyens de transport.
Le devoir essentiel du chef qu’était Dupuy était de faire preuve de calme et de donner confiance à Jacques, son subordonné, en lui annonçant qu’il allait être soutenu.
De tout cela, les combattants qui n’ont comme objectif que leur ligne de mire et le boche qui est au bout, ne peuvent se rendre compte. Et puis, surtout, ce sont des soldats français, donc des grognards rouspéteurs par principe... On les laisse seuls, sans appui face à un ennemi dix fois plus nombreux et mieux armé... l’officier au bel uniforme est un lâcheur!
Ah ! s’il avait pris un fusil lui aussi ! ce serait sans doute un frère; mais tel n’était pas le devoir du chef de Bataillon qui devait revenir à son P.C. et donner ses ordres. 

Reprise du terrain perdu :

18 heures :

Le groupe atteint le pont où a eu lieu la première escarmouche ce matin à 8 heures. Bientôt c’est la vision d’un homme du groupe Manu qui est là étendu, un trou énorme dans le crâne ; avec précaution, son horrible blessure est recouverte d’un mouchoir.

Enfin, le barrage est atteint. Là deux camions de 5 tonnes ont le moteur complètement détruit; mais la grange qui servait de poste de garde brûle et une âcre colonne de fumée s’élève dans le ciel clair de cette radieuse journée d’été. Une minute de silence est observée devant d’autres corps qui ont trouvé la mort à cet endroit.

Au loin, vers Feuillade et Marthon, la fusillade crépite par instant : les boches, de dépit, arrosent les civils dans la traversée des villages. Jacques rage de ne pouvoir les poursuivre.

Jacques décide alors de revenir vers le Grand‑Moulin ; là aussi les boches se sont comportés selon leur manière habituelle. M. Dauvergne, un sympathisant, a été battu avec fureur; sa femme a été martyrisée.

Pendant ce temps, Robert le Gendarme et ses hommes, sans carte et sans boussole, s’étaient repliés un peu à l’aveuglette. La fatigue ravage leurs figures : Sur leur visage bronzé où la sueur a délayé la poussière, de longues traînées brunes s’allongent ; au coin de leurs lèvres la bave séchée par le soleil forme des lignées blanchâtres et tout cet ensemble leur donne des faces carnavalesques et effarantes.

Dans la ferme où ils se reposent, soudain des voix se font entendre. Tous se précipitent sur le seuil et voient arriver Max et ses camarades qui, encerclés dans la ferme, après cinq heures de lutte ont réussi à se dégager. On se serre les mains, on s’embrasse, tous veulent parler à la fois pour exprimer leur joie.

Victoire :

Au soleil de juillet, 19 heures :

Les camions des divers groupes du secteur sont arrivés amenant des chargements de maquisards. Les F. T. P. ont mis un canon anti‑char en batterie près de la gare de Varaignes ; une foule occupe maintenant la vallée. C’est bien le moment d’arriver... Les chants de victoire retentissent de partout.Jacques et ses hommes, épuisés par leur rude journée, laissent la place à ceux qui savent si bien fêter la victoire et, rompus de fatigue, cherchent un coin pour prendre un peu de repos. Dans le jour qui descend nous nous installons sur les hauteurs voisines.

Une note de Rac nous permet de situer l’affaire par rapport à l’ensemble des opérations.

Situation générale

Elle se présentait le 24 au matin de la façon suivante :
Attaque ennemie en direction Javerlhac‑Nontron.
Menace d’attaque en direction de Thiviers (3e Bataillon alerté).
Menace d’attaque en direction de Dournazac‑Châlus se précisant dans la matinée (2e Bataillon alerté appuyé par réserves alertées partiellement).

Mesures prises

Lorsque la Compagnie Manu fut sur le point d’être désorganisée par la violence du choc ennemi sur Javerlhac, le Commandant du 1er Bataillon fit appel à la S.S.S. (unité qui n’entrait pas dans le système défensif à cause de ses missions spéciales de sabotage). Le Commandant de secteur, tenu au courant de la situation critique devant Javerlhac, décida de prélever dès le début de l’après‑midi des renforts sur le 3ième Bataillon où la menace sur Thiviers semblait provisoirement écartée.Ces renforts difficiles à regrouper (toutes les troupes étaient en effet en place) lents à se mettre en route (mauvais état des véhicules) n’arrivèrent à Javerlhac que dans la soirée du 24 juillet.

Maintenant n’oublions pas l’action de Roland Canva, en place en fin de matinée, de Brachet et de Bersas avec les éléments du 1er Bataillon. Le boche, les ayant tâtés, décida d’abandonner son attaque.



Javerlhac : 24 juillet 2016 - Journée de souvenir et inauguration d'une plaque à Jommelières (lien)

24 juillet 2014 : Commémoration du 70e anniversaire de la bataille de Javerlhac (lien)
Vidéo de la commémoration en 2013 (Lien)
Photos d'une commémoration récente prises par Jacques Hesault (Lien)

Stèles commémorent la bataille de Javerlhac du 24 juillet 1944 (Lien)



English version - 24 July 1944

In the early hours of the 24th of july 1944 more than four hundred German soldiers and the Milice were en route to Nontron. Their objective is to re-take the town and burn it to the ground, Nontron had been liberated by the maquis since June.
The German trucks had been seen taking the road from Angoulême towards Javerlhac.
A road block is set up at dawn at Varaignes 2 miles from Javerlhac by about thirty maquisards from the groupe Manu, part of the 2e Brigade Rac.
Just after 7 in the morning the german trucks are just a few miles from Javerlhac and are spotted by Roger Dugas who is placed as a sentry before the road block. He opens fire on the Germans as they drive along the route. He kills several Germans and the Chef de la Milice. In the skirmish that follows Dugas is shot and killed.
‘Manu’ and his men are now faced with holding back four hundred Germans.
Henry Delaret and Roger Lapeyronnie are caught by the milice and shot on the spot. ‘Manu’ gives the order for his men to retreat and he stays behind armed with a sack of grenades. Eventually the milice encircle him and after and hour of interrogation and torture he is killed. Even the Germans turn away at the brutal scene.
‘Manu’ – Manuel Acébès was born in the Basque region of Spain and moved with his family to Bordeaux in 1911 when he was 3 years old. He was a cabinet maker by trade and in 1944 formed the Résistant group ‘Radio’ and set up camp in the woods of Picpeyrou near Javerlhac in the Dordogne. He was positioned well to warn the maquis at Nontron of any German movements in the area.
‘Manu’, Espagnol par le sang, mais Français par le Coeur, est mort ce matin-là en héro’s d’épopée.
One of his groupe Pierre Fauconnet ‘Flin’ returning from requesting reinforcements falls into the hands of the enemy and is killed.
It is now 9h in the morning and fighting is taking place around Le Gd. Moulin. The Germans take over the village of Le Cousset, and totally outnumbered, the maquisards are pushed back.
Intent on reaching Nontron by nightfall the Germans push back the maquis to the entrance of Javerlhac. All seemed lost when reinforcements arrived and the situation is turned around.
Jacques Nancy, stationed at the S.S.S. (Section Spéciale de Sabotage) HQ at the chateau at Puycharneau near to Piégut 19 kms away had received a message from capitaine Dupuy 1er bataillon AS Dordogne-Nord to get to Javerlhac.

He rounds up thirty of his men and six American soldiers (one of them is Herbert Brill) that are stationed with them, jump in some trucks and drive like madmen to get to Javerlhac. Jean Dick is driving one of the trucks, foot hard on ‘le champignon’ and everyone in the back is singing patriotic songs and laughing and joking to ease the tension as they drive towards a head on battle with four hundred Germans.
As they approach Varaignes they are flagged down by a civilian wearing a rosette de la légion d’honneur who warns them to go no further as les boches are at Le Grand Moulin. They continue towards the barricades that the Groupe Manu had set up earlier and a railway worker shouts out to them “Stop, stop, you’re going to get killed, there are Germans coming in two armoured vehicles five or six hundred metres away direction Javerlhac”.
They jump out, strengthen the barricade and start to attack the Germans as they come closer. Amongst those in the attack are Jacques, Marc, Antoine, Robert le Gendarme and le tatoué with his ‘Piat’ bazooka.
The Germans are continually firing on them. Jacques decides to send for all of his men left back at Puycharneau including les cuisiniers and les maladies!
Reinforcements arrive. En route they sing ‘La Marseillaise’ and civilians seeing them salute them. The reinforcements include Blaireau, Jean le Cuistot, the two Delages, Bibendum, le pompier and Gauvin.
A lot of the men wade across the river Bandiat, water up to their belts and take position on the other side of the bank. The Germans push forward and the maquisards are forced back 2 kms, all is not looking good. The groupe maquis attack from the right and slowly the Germans and Milice begin to get pushed back. When they are back to the two trucks left at the roadblock they set them alight.
At this point a civilian (originally from Poland) who is acting as a guide for Jean le Cuistot and François asks for a weapon so he can help. Not sure what to do François says no. A few days later this chap turns up at their HQ at Puycharneau and joins the S.S.S. his name is Potazuck ‘Le Polak’. Fierce fighting goes on the whole day but by 18h all ground lost is regained and a minutes silence is held for Delerat and Lapeyronnie as their bodies are found near the initial roadblock.
At 19h the Germans abandon their attack and as they leave they set fire to a school and some other buildings at Mainzac and shoot at any civilians they see.
Fifty six Germans and Milice were killed during the combat, the heaviest loss for them in the Périgord during the Occupation. Radio Vichy broadcasted that day that a German column had entered Nontron (described by them as le capital du maquis). In reality the Germans had lost the combat , burnt and pillaged houses along the route of Varaignes and Javerlhac and thanks to Jacques Nancy, the S.S.S., the Groupe Manu and other members of the brigade Rac, the Germans could not get through to Nontron.

Five Résistants lost their lives that day –
Roger Dugas, aged only 20
Henry Delerat
Roger Lapeyronnie also aged 20
Manuel Acébès ‘Manu’
Pierre Fauconnet

Each year on the 24th of July a commemoration is organised by l’Amicale des anciens réfractaires et CVR Javerlhac-Marthon and held at the different locations along the Route Départmentale 75 where the résistants fell and are marked by monuments (stèles). Also visited is the stèle of Roger Laville, agent de transmissions de la 2e compagnie de la brigade Rac, who died in a motorcycle accident near to Souffrignac on the 6th july 1944 and the plaque in honour to Henry Marchadier of la Section Special de Sabotage who died the following day.
Each year nearly two hundred people attend the ceremony which usually starts at 9.30am and ends up at the Monument aux Morts by mid-day.

DVD et tapis de souris du film "Les Saboteurs de l'Ombre et de la Lumière" (lien)