Opération Frankton

Rédigé par Alain dans la rubrique Opération spéciale

Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1942, une nuit sans lune, un commando de dix Royal Marines britanniques sous le commandement du Major Herbert "Blondie" Hasler RM est mis à la mer à 19h35 au large de Montalivet par le sous-marin HMS TUNA (Lieutenant Commander Raikes DSO RH ).

Ils pagaient par équipage de deux à bord de cinq kayaks d’assaut chargés à ras bord pour une opération à très haut risque et totalement suicidaire pour cette douzaine d'hommes contre des cargos armés allemands à quai à Bordeaux et Bassens. L’opération a pour nom de code "Operation Frankton" mais surnommé Cockleshell (coque de noix).


Copie exacte du kayak utilisé pour l'opération (Centre national Jean Moulin à Bordeaux)
(Jonathan Saunders)

A 23h50, ils affrontent les remous du Banc des Olives. Peu après, dans les vagues des hauts fonds du Gros Terrier, le contact est perdu avec le kayak Coalfish (Sergeant  Samuel Wallace RM, Marine Robert Ewart). On saura après la guerre que ses occupants, jetés à la mer, ont été capturés à la Pointe de Grave, puis fusillés après interrogatoires le 12 décembre 1942 à Blanquefort. Un peu plus tard sur le Platin de Grave, les embarcations restantes affrontent à nouveau de violents et dangereux courants de marée. C’est au tour du "Conger" de chavirer (Caporal George Sheard RM et Marine David Moffatt). Le Conger, irrécupérable, est sabordé. Les naufragés sont remorqués dans l’eau glacée par leurs camarades du "Catfish" (Major Hasler et Marine William "Bill" Sparks) et du "Crayfish" (Corporal Albert Laver et Marine William Mills) au prix d’efforts surhumains.

En face du rivage de la plage de la Chambrette, à quelque centaines de mètres d’ici, vient le moment terrible pour le Major Hasler et pour les membres restants du commando, d’abandonner les deux hommes à leur sort pour poursuivre la mission vers Bordeaux. Le Major Hasler et ses équipiers, sans illusions sur les chances de survie des deux naufragés épuisés et glacés, disent un dernier adieu à ceux avec qui ils ont préparé cette mission dans l’enthousiasme de leurs vingt ans. Ils ne se reverront pas. Le Caporal Sheard, noyé, sera porté disparu et le corps de Marine Moffat, également noyé, sera retrouvé sur la plage de Bois en Ré, le 17 décembre, ainsi que l’épave du Conger, elle aussi amenée par les courants à l’île de Ré.

Un peu plus tard, au passage du môle du Verdon, le contact sera perdu avec le "Cuttlefish" (Lieutenant John MacKinnon RM et Marine James Conway). Le Major Hasler avec Marine Sparks et le Cpl Laver avec Mills atteindront Bordeaux et réussiront à endommager sérieusement cinq navires ennemis, mais seuls les deux premiers reverront l’Angleterre.

Estuaire à Saint-Gènes-de-Blaye
(Jonathan Saunders)
La mission accomplie, les quatre hommes ont seulement quelque heures pour s'enfuir de la région. Ils descendent la Gironde jusqu'à Saint-Gènes-de-Blaye en profitant de la marée descendant et du courant, coulant leurs embarcations et s'enfoncent dans les terres. Pour plus de sécurité les deux équipent se séparent. Pendant ce temps les mines explosent, quatre navires : le "Tannenfel", le "Dresden", "l'Alabama" et le "Portland" ont été très sévèrement endommagés.

Les deux groupes vont entreprendre une randonnée de 160 Km en zone occupée, dans le froid, sous la pluie, et avec la menace d'une exécution au-dessus la tête pour rejoindre Ruffec en Charente. Le 14 Décembre, l'un des deux groupes (Laver et Mills) trahi à Montlieu La Garde et arrêté par les gendarmes, est remis aux Allemands et malgré leur uniforme de l'armée Britannique seront considérés comme des terroristes et non des militaires, et seront fusillés le 23 mars 1943 à Paris. Il ne reste plus après cette arrestation que deux hommes (Hasler et Sparks) perdus sur les routes Girondines puis Charentaises. Après sept jours de marche, mourant littéralement de faim et de froid, ils parviennent à Saint Même-les -Carrières et trouvant, à partir de là, une solidarité de là Résistance charentaise. Ils sont pris en charge, hébergés et nourris à Nâpres sur la commune de Saint-Preuil par la famille Pasqueraud et ils atteignent Ruffec dans l'après-midi du 18 Décembre. Hasler et Sparks ont traversé : St-Genès de Blaye, Eyrans, Reignac, Donnezac, Rouffignac, Villexavier, Ozillac, St-Germain de Vibrac St-Ciers-Champagne, Barret, Touzac, St-Preuil, St-Même-les-Carrières, Triac, Fleurac, Vaux Rouillac, Le Temple,  Montigné, Bonneville, Mons, St-Fraigne, Beaunac, Raix, La Faye. 

La ferme de la famille Pasqueraud à Saint-Preuil
(Jonathan Saunders)

Hôtel-Restaurant de la Toque Blanche à Ruffec
(Jonathan Saunders)
A Ruffec, ils savent seulement qu'ils doivent rencontrer un monsieur Armand dans un petit hôtel de la ville. Au hasard, se fiant à leur flair, car ils n'ont aucune adresse pour trouver ce monsieur, ils s'arment de courage et entrent à l'Hôtel-Restaurant de la " Toque Blanche " et prennent le risque de se faire connaître de la patronne (Mme Mandinaud), aussitôt cette dernière les caches dans la cuisine, elle leur donne à manger et les rassure, ils sont au bon endroit. Le soir venu, M. Mandinaud introduit M. Mariaud (lien à son article) à l'hôtel afin d'interroger les deux Anglais, et s'assurer que ce sont bien des soldats Anglais et non des espions déguisés. Le soir même après minuit, René Flaud le boulanger de Ruffec prend en charge Hasler et Sparks et va les déposer dans le bois de Benest. Un passeur les conduit jusqu'à Marvaux, dans la ferme isolée de Mr et Mme Armand Dubreuille, membre du réseau " Marie-Claire ", réseau mis en place par Marie Lindell, Comtesse de Milleville.  

La gare de Roumazières (Jonathan Saunders)
Dès le lendemain, monsieur Dubreuille (le monsieur Armand de Londres) envoie un télégramme à Lyon à l'adresse de Marie Lindell, puis un autre et encore un autre, sans réponse ! Les deux anglais, cachés dans une chambre de la ferme, ne sortant que la nuit pour prendre l'air, commencent à trouver le temps long.  Enfin, après 42 jours d'attente, dans l'angoisse que l'on devine, le fils de Marie Lindell, âgé de 18 ans, arrive et prend en charge les deux hommes. Aussitôt, ils partent sur trois vélos jusqu'à Roumazières où, au culot, ils prennent le train jusqu'à Limoges, puis Lyon où les attendait Marie Lindell qui avait été victime d'un grave accident. A partir de là, plusieurs résistants les aidèrent jusqu'à Perpignan, puis ils traversèrent les Pyrénées à pied dans la neige et puis en voiture au Consulat Britannique de Barcelone. Puis Gibraltar et enfin par avion à Londres. Passer er Sparkes regagnent l'Angleterre au début d'avril 1943.

Des dix hommes du commando anglais (surnommé les Cockleshell heroes) seuls Hasler et Sparks en ont réchappé. Sur les huit autres membres du commando, deux se sont noyés (Moffat et Sheard), et six furent capturés et fusillés : quatre à Paris le 23 mars 1943 (Conway, Laver, Mills et Mackinnon) et deux le 12 décembre 1942 au Château du Dehez à Blanquefort (Ewart et Wallace).

Le souvenir des héros de l’opération Frankton est commémoré chaque année à Bordeaux, à Blanquefort, à Saint Georges-de-Didonne et à Ruffec.

Mémorial aux docks de Bordeaux
(Jonathan Saunders)
Mémorial aux docks de Bordeaux (Jonathan Saunders)
L'ensemble des photographies ont été réalisées par Jonathan Saunders



Saturday 25 April 2015
Dedication of the Cockleshell Heroes memorial and plaques commemorating Royal Marines, French civilians and the Royal Navy.
Members of the public are welcome to attend this service.

Venue:
 Onsite in the Allied Special Forces Memorial Grove near the Sun Room, which is part of the National Memorial Arboretum, Alrewas, Staffordshire DE13 7AR
Time: 1 pm
Contact: Mike Colton (Secretary) on 07929 118598

One of the plaques at the Special Forces Memorial Grove

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