Mouthiers-sur-Boëme le 24 août 1944 : 70ème commémoration

Rédigé par Alan dans la rubrique Août 1944 : Direction AngoulêmeBrigade Rac


Cette année, pour le 70e anniversaire du 24 août 1944, la place de la gare de Mouthiers sera baptisée place Simon-Dugaleix. Son inauguration se déroulera dimanche 24 août 2014 à 10h. Après la commémoration, un dépôt de gerbe en l'honneur de Guy Devaureix, rue du moulin, où se trouve la plaque qui porte son nom. 
Puis, une commémoration au monument à la mémoire des civils et maquisards tombés le 24 août 1944 érigé sur le plateau de Chez Baty, avenue du 24 août 1944.


Mouthiers-sur-Boëme le 24 août 1944

Extrait du livre La brigade Rac du chapitre Direction Angoulême !

Action du 2e Bataillon (Vieugeot) de la brigade Rac le 24 août 1944

Ses éléments sont, le 24 août, dans la forêt de Dirac, la 5e Compagnie est même à Torsac. Les Allemands ont une forte garnison à Mouthiers, qui mène sans cesse des patrouilles sur la Nationale 674 et sur la voie ferrée. Le viaduc de Courtaubières est gardé par une compagnie entière ; un barrage est établi sur la Nationale, au carrefour de Fouquebrune.   

Ecoutons les témoins : 

Vers midi, tout est calme sur la Nationale à l'Etang Genevraux lorsque arrive un vieux bonhomme qui vient en vélo de Mouthiers où il est allé chercher son pain. Il s'arrête et demande poliment si les hommes du barrage « sont bien des  maquisards >.   

On lui répond que ça en a tout l'air ; alors il indique à "Lucky" (Lieutenant Normandin) qu'au centre de Mouthiers il y a un camion requis par les Allemands qui a été abandonné à la suite d'une panne ; il n'a pas vu d'Allemands, et ce véhicule est plein d'armes ; il suggère de la suivre s'offrant comme guide afin de récupérer ces armes...

"Lucky" - que l'on a scrupule à accabler - charge donc un camion d'hommes, pris un peu au hasard, et prend la direction de Mouthiers où, effectivement, le véhicule indiqué est toujours en place et non gardé. 
Durant que l'on inspecte le véhicule et son contenu, quelques hommes se sont éloignés afin d'assurer la protection. 

Comme "Lucky" ne veut pas s'attarder et a l'intention de transborder d'un véhicule dans l'autre les précieuses armes et munitions, il a l'idée saugrenue, afin de rameuter ses hommes, de sortir son revolver et de tirer deux balles en l'air ! 
Or, il y a une arme automatique dans le clocher, qui surveille le village et qui, jusque-là, n'avait rien vu ! elle se met à tirer et à arroser les maisons. 

Tous les Allemands qui dorment un peu partout, car c'est l'heure de la sieste, sortent de leurs cachettes et tirent au hasard ; c'est une pagaille invraisemblable ! Par surcroît de malchance, un train bondé de troupes ennemies vient de s'arrêter en gare de Mouthiers ; les hommes descendent et la pétarade est générale... des Allemands se tirent dessus ! 
Il y a des groupes d'Indous qui hurlent dans un idiome inconnu ce qui ajoute au desordre...

Le camion de la 5e Compagnie parvient à démarrer ; "Lucky" saute dedans avec quelques hommes... Que vont faire les abandonnés ? 

Un groupe, avec Terrasson et Guyot, gravit la colline et s'installe près du stade actuel, d'où par-dessus le village, il tire avec efficacité sur les Allemands qui descendent de la gare. La mitrailleuse du clocher tire sans arrêt et les Allemands du train qui ont descendu leurs mortiers balancent des torpilles à l'aveuglette sur Mouthiers qu'ils supposent plein de maquisards. Un nouvel Oradour va-t-il avoir lieu ? On peut le croire.       

Deux hommes de la 5e sont déjà grièvement blessés, quatre se cachent chez M. Moreau, boulanger, et plusieurs autres gagnent les bois tout proches (ils seront récupérés le lendemain). Les Allemands lancent des grenades dans les maisons, place du Champ de foire et n'omettent pas de les piller. Un employé de la S.N.C.F. qui avait été de nuit se réveille en sursaut et s'habille en vitesse lorsque les Allemands arrivent. Ils le prennent pour un terroriste et l'abattent. Un autre, gravement blessé, décédera à l'hôpital d'Angoulême, d'où une équipe courageuse est venu le chercher en ambulance. 

Les Allemands arrivent à se retirer, et, trompé par cette accalmie, Guy Devaureix sort trop tôt de chez le boulanger et se trouve face à face avec un groupe d'ennemis. Il tire sur l'un d'eux et le blesse. Mais ce dernier se sauve en hurlant ce qui attire les autres. Devaureix entre alors dans le moulin de M. Meunier, pour s'y cacher. Hélas il y a là douze personnes dont sept enfants avec deux institutrices, Mme Peron et Mme Lucien Meunier, qui réconfortent les enfants terrorisés. 

Le moulin est cerné et Devaureix, comprenant que sa présence constitue un danger immédiat pour tous ces enfants, sort et jette son arme. Il est abattu de plusieurs rafales. Les hommes de la 5e Compagnie pensent encore au courage de leur camarade de dix-huit ans, qui a eu ce geste sublime pour préserver les enfants. 

Le village sera sauvé par l'intelligente initiative du chef de gare, M. Dugaleix, qui arrive à persuader le chef de convoi qu'il est dans la nécessité, d'ordre des autorités de la Reichsbahn, de dégager la gare. 

Tout paraît terminé. Les trois derniers hommes qui s'étaient réfugiés chez le boulanger sortent alors dans la rue et sont heureusement pris en charge par l'abbé Richeux, le fameux curé de Torsac, qui, en entendant la fusillade, s'est précipité pour sauver ce qui pouvait l'être. Il réussit à planquer ses trois protégés dans une maison amie.. 

C'est alors qu'arrive un second train d'Allemands, qui, a son tour, déverse sa cargaison de soldats dans Mouthiers. Les civils croient leur dernière heure arrivée, car les tirs sont plus intenses encore qu'une heure avant ; certains fuient dans tous les sens et deux sont tués en traversant un terrain dénudé (dont le facteur des Postes). Les Allemands se lancent à la poursuite du groupe de l'abbé Richeux, lequel a le beau courage, pour faire diversion, de revenir en arrière. Et cela réussit ; l'abbé est conduit les bras en l'air jusqu'à la gare pour être interrogé, et on va le fusiller lorsqu'il est sauvé par un pasteur protestant, aumônier chez les Allemands. L'abbé Richeux dont la conduite, le surlendemain, chez lui à Torsac, va enthousiasmer les participants au combat, est encore de nos jours entouré d'une légende admirative. 

La nuit tombait et Vieugeot, enfin alerté, arrivait au village accompagné de son fidèle aumônier, l'abbé Delpech, et du lieutenant Jean. Tout était bien fini pour Mouthiers, hélas ! il y avait quatre civils tués : 
  • Leonide Thomas (de Foquebrune) 
  • André Vincent (de Mouthiers) 
  • Abel Besse (de Ribérac)
  • Fernand Dupré (de St. Martin)                      
et quatre hommes de la 5e Compagnie :
  • Jean-Louis Devars (de Montbron)
  • Marc Blancher (de Montbron)
  • Jean Peltereau-Villeneuve (de Chazelles)
  • Guy Devaureix, le héros du moulin, originaire de Segonzac
Le lendemain, les corps recouverts de foin furent mis sur une charrette car il fallait parcourir plusieurs kilomètres sur des routes où les convois se succédaient, à deux pas de la voie ferrée où les trains allemands passaient sans arrêt. A Landolle, commune de Torsac, les corps furent recueillis par la 5e Compagnie.



Le monument se trouve à Mouthiers aux abords du Stade Municipal, sur le plateau de Chez Baty, avenue du 24 août 1944. (Je suis trés reconnaissant à Didier, un habitant de Mouthiers, qui m'a aidé trouver le monument)




Pour ne jamais oublier, l’Association Boëme Patrimoine a recueilli les témoignages des Monastériens de l’époque, répertoriés dans un livret intitulé : 24 aout 1944, la mémoire en recueil (lien)

Photos des plaques (lien)